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Le séisme du 22 mai ou le crépuscule d’une illusion (par Abdou Khoudoss CISSE)

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Le couperet est tombé ce vendredi 22 mai 2026, d’une concision presque glaciale : par décret présidentiel, Bassirou Diomaye Faye a mis fin aux fonctions de son Premier ministre, Ousmane Sonko, son mentor politique. En quelques lignes lues par le Secrétaire général de la Présidence, le mythe du « ticket » indissociable s’est effondré, entraînant de facto la dissolution du gouvernement et transformant les tensions sourdes de ces derniers mois en un séisme politique majeur. Pour moi, ce divorce brutal n’est pas l’histoire de la trahison d’un homme par un autre ; il est le constat du naufrage d’un duo qui, ensemble, a trahi sa promesse sacrée de rupture et enterré le système qu’il avait juré de détruire. Quel immense gâchis, et quelle monumentale déception pour le peuple sénégalais.

Il n’y a pas si longtemps, lors de leur victoire éclatante de mars 2024 (54,28 % dès le premier tour), la formule magique « Sonko moy Diomaye, Diomaye moy Sonko » parcourait les rues du Sénégal et de la diaspora. Plus qu’un simple slogan de campagne, c’était un pacte validé par une population qui a payé un prix fort : des dizaines de morts, des milliers de blessés et des sacrifices incommensurables pour arracher cette alternance. Le peuple n’a pas voté pour deux hommes en compétition, mais pour un idéal bicéphale promettant de terrasser un système gangrené par la corruption, le clientélisme et l’immobilisme.

En réalité, cette rupture était biaisée dès le départ, viciée à la racine, bien avant l’accession au pouvoir, lorsque la coalition a accepté des alliances contre-nature pour s’assurer la victoire. Pour gagner, puis pour gouverner, le tandem a immédiatement succombé au recyclage massif des transhumants et des figures des anciens régimes qu’il promettait pourtant de bannir. Offrir des rôles clés et des strapontins dorés à des personnalités comme Aminata Touré, ancienne Première ministre de Macky Sall, Habib Sy, ou Aida Mbodj, anciens ministres sous Abdoulaye Wade, constituait le premier reniement majeur. Ce glissement vers le « gagner ensemble, gouverner ensemble » a profondément indigné les militants de la première heure. Au lieu d’abattre les structures de l’ancien système, le tandem a choisi de pactiser avec elles dès la campagne électorale, diluant l’idéal révolutionnaire dans les eaux tièdes de la politique politicienne traditionnelle.

Une fois au pouvoir, le véritable drame de cette gouvernance réside dans l’inversion absolue des priorités : au lieu d’engager la refondation systémique tant jurée, le sommet de l’État s’est transformé en un pitoyable ring de boxe pour le contrôle du pouvoir et de l’appareil d’État.

Les mois précédant ce limogeage ont mis au jour des querelles internes destructrices au sein de la mouvance présidentielle, articulées autour d’une guerre larvée pour le positionnement en vue de 2029. Pendant que le président et son ex-Premier ministre se chamaillaient pour des conflits de prérogatives et de visibilité, les urgences vitales du pays restaient au point mort.

En signant ce décret de révocation le 22 mai 2026, Bassirou Diomaye Faye a voulu acter de force son autorité, mais il ouvre ce faisant une boîte de Pandore aux conséquences imprévisibles et se confronte à un piège institutionnel redoutable. L’Assemblée nationale, issue des législatives de fin 2024, est massivement acquise à la cause d’Ousmane Sonko et du parti, avec une majorité écrasante de 130 sièges sur 165. Dès lors, le président Diomaye Faye a les mains liées : il ne pourra légalement prononcer une nouvelle dissolution de cette Assemblée sonkiste qu’en décembre 2026, date marquant le délai requis entre deux dissolutions.

Les perspectives pour les jours à venir s’annoncent explosives pour la stabilité du pays. On s’achemine vers une paralysie totale de l’exécutif : le nouveau gouvernement que Diomaye Faye s’apprête à nommer, sans Sonko Premier ministre, se heurtera à un blocage systématique de la part des députés fidèles à ce dernier. Pire encore, Ousmane Sonko, désormais installé dans son rôle de martyr et d’opposant en chef, peut activer sa majorité parlementaire pour renverser par une motion de censure le nouveau Premier ministre à peine désigné. Le risque majeur réside enfin dans le déplacement du conflit vers l’espace public, où les partisans, criant à la trahison, pourraient rendre le mandat extrêmement difficile.

Le rideau tombe aujourd’hui sur une tragédie politique : la rupture promise n’aura été qu’une alternance de visages, un effet de miroir populiste où le duo aura enterré ses propres idéaux, laissant au peuple sénégalais le réveil brutal, douloureux et amer d’une immense trahison historique face à un avenir plus incertain que jamais.

Abdou Khoudoss CISSE

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