L’affaire remonte à une mission menée par les services de la voirie, durant laquelle Abdou Diouf a abusé de ses fonctions pour s’approprier une BMW appartenant à une dame. Agissant en pleine nuit, il a fait évacuer la voiture vers un lieu tenu secret avant de la revendre sous forme de ferraille. Il a d’abord cédé le véhicule à Daouda Sène pour 300 000 F Cfa, qui, à son tour, a vendu le moteur et d’autres pièces à Mamadou Lamine Camara pour 550 000 F Cfa. La supercherie a été mise au jour lorsque la propriétaire, constatant la disparition de son véhicule, a confronté Abdou Diouf. Ce dernier a tenté de justifier l’enlèvement en prétendant qu’il faisait partie d’une série de 43 voitures envoyées à Diamniadio. Toutefois, les investigations ont révélé que le véhicule n’y figurait pas, ce qui a fini par faire craquer le prévenu, qui a reconnu les faits sous la pression des enquêteurs.
Face aux juges, Abdou Diouf n’a pas échappé à une sévère réprimande. Le magistrat, visiblement outré, l’a fustigé en ces termes : «Tu as trahi la confiance placée en toi en tant qu’agent public. Nous aussi, nous avons des problèmes, mais ce n’est pas une excuse pour voler !» Le procureur, soulignant la gravité des faits, a dénoncé un abus de pouvoir flagrant. «Utiliser son statut pour commettre un vol en plein exercice de ses fonctions est inacceptable», a-t-il martelé avant de requérir 2 ans et 6 mois de prison ferme contre Abdou Diouf. Quant à Daouda Sène et Mamadou Lamine Camara, impliqués dans la revente des pièces, le parquet a demandé 3 mois de prison ferme et une amende de 50 000 FCFA chacun.
Face à ces réquisitions, la défense a tenté de tempérer la sévérité des accusations. Me Famara Faty, avocat d’Abdou Diouf, a insisté sur les circonstances personnelles difficiles de son client : «Il n’a pas agi par cupidité, mais par nécessité. Sa mère, gravement malade après un AVC, nécessitait des soins coûteux. Il a vendu cette voiture pour lui venir en aide, mais le destin a été cruel : elle est décédée et lui se retrouve aujourd’hui en prison. Ce n’est pas un criminel, mais un père de famille en détresse.» De leur côté, les avocats des deux autres prévenus ont plaidé la bonne foi.
Me Diallo, représentant Daouda Sène, a affirmé que son client «ignorait tout du caractère frauduleux de cette transaction et s’est fié aux dires d’Abdou Diouf». Quant à Me Baba Diop, défendant Mamadou Lamine Camara, il a mis en avant le passé irréprochable de son client, soulignant que «l’achat du moteur s’était fait en toute transparence, en plein jour, sans aucun soupçon de malhonnêteté». Toutefois, l’affaire est mise en délibéré au 6 mars prochain. Une date qui scellera le sort des trois prévenus, entre espoir d’indulgence et crainte d’une sanction exemplaire.
Aïssatou TALL (Actusen.sn)
