Amnesty International a présenté, ce mardi, le rapport annuel. Un rapport qui met en exergue une situation alarmante des droits humains au Sénégal marquée par l’usage excessif de la violence par les forces de défense et de sécurité lors des manifestations, une liberté d’expression à genou, les arrestations tous azimuts. D’emblée, le document rappelle que le premier trimestre de l’année 2024 a été marqué par des tensions liées au report de l’élection présidentielle par le Parlement, dans un contexte d’allégations de corruption portées contre deux membres du Conseil constitutionnel. « L’élection présidentielle a finalement eu lieu en mars, Bassirou Diomaye Faye, élu président, et Ousmane Sonko, nommé Premier ministre, faisaient partie des centaines de prisonniers et prisonnières politiques libérés au début de l’année ».
« 4 personnes tuées par les forces de l’ordre dont un adolescent de 16 ans »
Amnesty International accuse les forces de défense et de sécurité d’être à l’origine de la mort de quatre personnes dont un adolescent de 16 ans. Les faits ont eu lieu, selon la structure, lors des violentes opérations de répression menées les 9 et 10 février dans les villes de Saint-Louis, Dakar (la capitale) et Ziguinchor. Pendant cette période, « les forces de sécurité ont tué quatre hommes dont un adolescent de 16 ans qui protestaient contre le report de l’élection présidentielle ». Aussi, pas moins de 151 personnes ont été arrêtées en février pendant les manifestations, et plusieurs journalistes ont été maltraités.
151 personnes arrêtées, des journalistes tabassés, une chaîne de télévision suspendue
« Mor Amar, journaliste pour le média Enquête et secrétaire général de la Convention des jeunes reporters du Sénégal, a été frappé; quant à la journaliste Absa Hane, elle a perdu connaissance après avoir reçu des coups et a été arrêtée. Les autorités ont restreint l’accès à la couverture mobile dans tout le pays et suspendu la chaîne de télévision privée Walf TV en raison de sa couverture des manifestations ». Les libérations des détenus arrêtés ont démarré entre février et mars. Pendant cette période, « les autorités ont libéré plusieurs centaines de détenues certaines de ces personnes avaient été arrêtées entre 2022 et 2024 pour avoir participé à des manifestations ou appelé à y participer. Nombre de ces détenus, parmi lesquels figuraient des mineurs, n’ont jamais été traduits en justice ».
« La loi d’amnistie empêchait les proches d’au moins 65 personnes tuées, pour la plupart par les forces de sécurité et de défense, d’obtenir justice »
Il faut dire que tout ce beau monde a été libéré après l’adoption d’une loi d’amnistie. Cette loi, rédigée selon ses promoteurs dans un esprit de réconciliation nationale et à des fins d’apaisement du climat politique et social», visait les infractions commises <<entre le 1er février 2021 et le 25 février 2024 tant au Sénégal qu’à l’étranger, se rapportant à des manifestations ou ayant des motivations politiques ».
Une épidémie de tuberculose signalée à Rebeuss à cause de la surpopulation et les mauvaises conditions de détention
« La loi d’amnistie empêchait les proches d’au moins 65 personnes tuées, pour la plupart par les forces de sécurité et de défense lors des manifestations qui ont eu lieu entre mars 2021 et février 2024, d’obtenir justice », déplore les défenseurs des droits humains qui rappelle, dans la foulée que des hommes qui avaient été incarcérés dans la prison de Rebeuss ont indiqué qu’une épidémie de tuberculose s’y était déclarée en janvier, exacerbée par la surpopulation carcérale et, plus généralement, par les mauvaises conditions de détention.
Des violations de la liberté d’expression sous Bassirou Diomaye Diakhar Faye
Seulement, il faut dire que le régime de Macky Sall n’est pas le seul à se retrouver aux bancs des accusés. La liberté d’expression a, aussi, été violée sous Bassirou Diomaye Diakhar Faye. À titre d’exemple, Amnesty International cite les cas de l’ancien commissaire de police Cheikhna Keita et Ahmed Suzanne Camara. Ce dernier a été arrêté en juillet et inculpé d’ offense au chef de l’Etat » pour avoir qualifié le président et le Premier ministre de « menteurs». En septembre, Cheikhna Keïta, ancien commissaire de police, a lui aussi été arrêté sur ordre du parquet. Il était accusé de diffusion de fausses nouvelles après avoir évoqué à la télévision des tensions entre le président et le Premier ministre ».
Des droits des femmes et des filles, toujours au point mort
Concernant les droits des femmes et des filles, Amnesty International a constaté pour le condamner qu’aucune recommandation n’a été mise en œuvre jusqu’à la fin de l’année 2024: « En juillet, le rapport des assises nationales de la justice a recommandé de relever de 16 à 18 ans l’âge minimum du mariage pour les filles. Il a également appelé à une modification des articles relatifs à la puissance paternelle et à l’interdiction de la recherche de paternité pour un enfant né hors mariage, entre autres mesures. Ces recommandations n’avaient pas encore été mises en œuvre à la fin de l’année ».
La mendicité, une réalité même si cette pratique est qualifiée de traite des personnes par la législation
Concernant les enfants talibés ou élèves des daaras (écoles coraniques), Amnesty a remarqué que ces derniers sont toujours forcés de mendier afin d’obtenir de la nourriture et de l’argent pour leurs enseignants, alors même que cette pratique était qualifiée de «traite des personnes par la législation sénégalaise. Malheureusement, le gouvernement n’a pas adopté le projet de Code de l’enfant ni le projet de loi sur le statut des daaras. « Le secteur de la protection de l’enfance manquait de financement, ce qui entraînait un déficit de protection pour les enfants talibés, victimes de nombreuses violations des droits humains. Cette situation a été dénoncée par le Comité pour la protection des droits de tous les travailleurs migrants et des membres de leur famille [ONU) ».
« Au moins, 959 personnes migrantes qui avaient embarqué sur les côtes sénégalaises ont péri en mer entre janvier et mai »
Amnesty International a, aussi, constaté que le littoral sénégalais est resté l’un des points de départ les plus actifs pour la migration irrégulière vers les îles Canaries. « Au moins, 959 personnes migrantes qui avaient embarqué sur les côtes sénégalaises ont péri en mer entre janvier et mai, selon l’ONG espagnole Caminando Fronteras », précise le rapport qui souligne que « les départs se sont poursuivis au cours des mois suivants. Bon nombre de migrant-e-s ont perdu la vie en mer et beaucoup ont été interceptés par la marine sénégalaise. La plupart avaient entrepris leur périple depuis des ports de pêche frappés par l’appauvrissement résultant de la crise que traversait le secteur de la pêche au Sénégal ».
