Les membres de l’opposition ayant participé au dialogue national du 28 mai dernier et initié par le chef de l’Etat sur le système politique ont fait face à la presse, ce mardi. Une rencontre qui fait suite, selon eux, d’une lettre adressée au président Bassirou Diomaye Diakhar Faye mais qui est restée sans réponse après deux mois. En effet, à en croire l’ancien ministre Serigne Mbaye Thiam, la lettre a été envoyée le 28 juin 2025. Malheureusement, déplore t-il, « l’accusé de réception ne nous est toujours pas parvenu. C’est pour cela que nous avons estimé que notre deuxième lettre à vous destinée devrait être publiée afin de prendre à témoin l’opinion nationale, africaine et internationale ».
Une première lettre envoyée au président de la République depuis le 28 juin mais …
Monsieur le Président, rappelle t-il, « notre attachement à la concertation est tel qu’en dépit de l’atmosphère très lourde dans notre pays, atmosphère faite de brimades, d’arrestations et d’emprisonnements tout azimut, avec atteinte notoire aux libertés et à la présomption d’innocence, nous avions accepté d’aller au dialogue afin, entre autres, de pouvoir soulever nos préoccupations sur ces graves sujets. Au demeurant, nous ne saurions passer sous silence l’appel qui vous a été lancé par nos soins à la fin de la cérémonie de clôture du dialogue. En effet, nous fondions sur votre engagement public à rassembler, à rassurer et à réconcilier les Sénégalais. Nous vous avions alors invité à user de votre stature de chef de l’État, garant de l’usage national pour l’apaisement de l’espace politique, en œuvrant pour la libération des détenus politiques, un appel solennel malheureusement à ce jour ignoré ».
« Tous nos amendements à l’ordre du jour des thèmes du dialogue…ont été rejetés »
Et comme si cela ne suffit pas, poursuit l’ancien ministre sous le régime de Macky Sall, « tous nos amendements à l’ordre du jour des thèmes du dialogue, y compris ceux portant sur les présentes questions économiques et sociales ont été rejetés. Pourtant, les développements de ces derniers jours, relatifs à la gravité de la crise économique et sociale, et l’urgence de mesures collectives annoncées par votre gouvernement, nous donnent suffisamment raison d’avoir anticipé en avril et mai le besoin de discuter de ces questions qui impactent négativement sur notre pays. Mais devant ce refus manifeste de l’inclusion des préoccupations de l’opposition, et mettant toujours le Sénégal au-dessus de tout, nous avions néanmoins gardé espoir que les points de consensus seraient mis en œuvre et que le reste serait réservé à l’avenir ».
« Pas un seul représentant de l’opposition n’a été officiellement averti de ce dépôt de rapport »
Mais là aussi c’est avec « une très grande surprise » que les membres de l’opposition ont noté la remise du rapport au Chef de l’Etat « par un groupe non représentatif des principales composantes du dialogue national ». « Pas un seul représentant de l’opposition n’a été officiellement averti de ce dépôt de rapport », a-t-il fait remarquer. Par ailleurs, ajoute-t-il, « il nous semble essentiel d’indiquer que l’importante cohésion démocratie, liberté et droits humains, dans le faible niveau de consensus obtenu, traduit un échec incontestable rapporté aux objectifs de consensus les plus larges possibles que vous nous aviez assignés, aux acteurs et aux travaux du dialogue, devrait détourner à elle seule de la précipitation avec laquelle ce rapport vous a été rémi ».
« Outre les 26 % de consensus, ceux qui se sont présentés à vous, de façon sectaire et non inclusive, savent qu’il était convenu entre les acteurs de considérer certaines conclusion »
Selon lui, les acteurs qui ont procédé à la remise du rapport ont brûlé l’étape de concertation complémentaire visant à renforcer les consensus pour les habiller d’une certaine respectabilité: « Outre les 26 % de consensus, ceux qui se sont présentés à vous, de façon sectaire et non inclusive, savent qu’il était convenu entre les acteurs de considérer certaines conclusions comme étant provisoires et devant faire l’objet d’échanges pour des formulations consensuelles, définitives, avant de vous les soumettre. En procédant comme ils l’ont fait, ils contraignent toute l’opposition et beaucoup d’organisations de la scène civile, les organisations de femmes en particulier, à rejeter catégoriquement ce rapport, ne pouvant les engager ».
« Plus grave, ils vous ont amené à prendre un arrêté, mettant en place un mécanisme avec des personnalités et des experts respectés pour, je cite, ‘’rédiger les avant-projets de textes relatifs aux recommandations’’. Pour ensuite, ‘’tenir des sessions élargies de validation des avant-projets de textes’’ et enfin, ‘’préparer les exposés de motifs et rapports de présentation’’ qui vous permettront de respecter votre engagement de valider les consensus obtenus et de les insérer dans les corpus législatifs et réglementaires régissant le système démocratique. Monsieur le Président de la République, vous conviendrez aisément avec nous que tel n’était pas l’objectif principal du dialogue », insiste t-il.
« En procédant à ce véritable passage en force, les auteurs de ces rapports vous ont installés dans un processus qui n’est pas celui que vous aviez souhaité et exprimé devant toute la nation »
De l’avis de Serigne Mbaye Thiam, la consigne, c’était plutôt de prendre le temps de discuter, de dialoguer, de s’entendre sur le maximum de sujets importants pour la marche de la nation. Donc, « en procédant à ce véritable passage en force, les auteurs de ces rapports vous ont installés dans un processus qui n’est pas celui que vous aviez souhaité et exprimé devant toute la nation. En lieu et place de ce qui est entrepris, le dialogue national sur le système politique a besoin, pour aboutir de façon heureuse, d’un véritable comité de suivi dans lequel siégeraient les différentes parties prenantes. Ensemble, nous constatons le paradoxe d’une crise créée par les auteurs de ce rapport partiel, partiel et profondément non-représentatif, ajoutant de la difficulté aux difficultés déjà existantes ».
« Si ce guide n’était pas rectifié, nous serions au regret de ne pouvoir endosser ce rapport »
Et face à cette situation ces membres de l’opposition menacent: « Si ce guide n’était pas rectifié, nous serions au regret de ne pouvoir endosser ce rapport et les recommandations qui en sont issues.
Actusen.sn
