Ce mercredi, dans la salle d’audience du tribunal correctionnel de Dakar, c’est un visage connu du landerneau politique sénégalais qui s’est retrouvé à la barre. Oumar Sow, ex-ministre conseiller sous Macky Sall et leader du mouvement Osys, comparaissait pour avoir tenu des propos jugés diffamatoires envers le parquet, lors d’une intervention télévisée devenue virale. En cause, une déclaration où il affirme que le placement sous bracelet électronique de l’ancien ministre de la Justice, Ismaïla Madior Fall, aurait été décidé par le parquet. Des mots qui ont fait grand bruit, mais que le principal intéressé tente aujourd’hui de relativiser.
«J’ai fait un lapsus en citant le parquet, car j’étais en train de rendre hommage au procureur Ibrahima Ndoye pour sa piété et son intégrité. Je voulais plutôt parler du ministère », a-t-il justifié, évoquant une confusion verbale exploitée par ses adversaires politiques. « Ils ont fait un montage et la vidéo est devenue virale », a-t-il ajouté pour expliquer la tournure prise par l’affaire. L’ancien conseiller présidentiel a par ailleurs précisé le contexte dans lequel il s’est exprimé. Une réponse politique à des attaques ciblées, selon lui.
«Je me suis basé sur les déclarations d’Ismaïla Madior Fall à 7Tv et sur des rumeurs attribuées à Waly Diouf Bodiang, disant qu’ils allaient faire “goûter” à Ismaïla Madior Fall les bracelets qu’il a lui-même commandés », a-t-il relaté. Il dit avoir réagi dans un cadre politique tendu : «L’autre camp nous attaquait et nous avons répondu politiquement », lache-t-il. Mais ces explications n’ont guère convaincu le parquet, qui voit dans cette affaire une récidive. Pour mémoire, Oumar Sow avait déjà été condamné avec sursis en janvier dernier. Cette fois, le ministère public requiert une peine d’un an, dont six mois ferme, assortie d’une amende de 200 000 francs Cfa. Une sanction qu’il estime proportionnée au tort causé à la réputation de l’institution judiciaire.
Face à cette demande jugée sévère, la défense appelle à la retenue. Les avocats d’Oumar Sow dénoncent ce qu’ils qualifient de dérive liberticide, une tentative à peine voilée de faire taire une voix critique. Leur client, quant à lui, a reconnu des maladresses, mais rejette toute volonté de nuire : « Je ne voulais pas discréditer les institutions. J’ai un honneur à défendre… Je retire mes propos sur le parquet et je demande pardon », a-t-il affirmé, tout en soulignant son attachement aux principes républicains. Il ajoute : « Je sais que le parquet est apolitique. Peut-être que je n’ai pas bien formulé la phrase ».
Il a aussi évoqué ses conditions de détention, qu’il décrit comme éprouvantes : « J’ai passé 10 jours difficiles à Rebeuss et 3 jours de garde à vue. Je dormais à même le sol alors que je suis asthmatique. J’ai vraiment souffert. Je regrette sincèrement », a-t-il déclaré, dans l’espoir de bénéficier de la clémence du tribunal. Ses avocats insistent sur les répercussions personnelles et professionnelles que cette affaire pourrait avoir. À la veille de la Tabaski, ils soulignent qu’il emploie une trentaine de personnes et demandent au juge de permettre à leur client de retrouver ses responsabilités pour qu’il puisse « passer une fête de famille digne de ce nom ». Le tribunal rendra sa décision le 18 juin 2025, soit après la Tabaski.
Aïssatou TALL (Actusen.sn)
