Après avoir observé le silence depuis la présidentielle de mars 2024, le président du parti Rewmi, Idrissa Seck, a pris la parole ce mardi pour livrer son appréciation de la situation nationale. Il dénonce la dégradation des notes économiques du Sénégal, les tensions dans le débat démocratique et une crise institutionnelle qui, selon lui, menace de bloquer le pays. Face à cette situation, il appelle à un sursaut national et estime que le moment est venu de redonner la parole au peuple.
Le président du parti Rewmi, Idrissa Seck, est sorti de son silence. Depuis la dernière élection présidentielle de mars 2024, il dit avoir choisi de ne pas s’exprimer publiquement, par respect pour le choix des Sénégalais et en raison de l’inexpérience des nouvelles autorités, à qui il estimait nécessaire d’accorder un temps d’observation plus long. «Deux ans et demi (la moitié du mandat présidentiel) me paraissent suffire comme temps pour faire la preuve de ce dont on est capable », a-t-il dit lors de sa conférence de presse d’hier. C’est dans ce contexte qu’il a décidé de s’adresser à ses compatriotes, avec « humilité, mais aussi gravité et sens des responsabilités », pour donner son appréciation de la situation du pays et proposer une perspective d’avenir.
« Le Sénégal est aujourd’hui méconnaissable »
Dans sa déclaration, le patron de Rewmi dresse un tableau sombre de la situation nationale. « Le Sénégal est aujourd’hui méconnaissable », affirme-t-il, évoquant notamment la dégradation des notes économiques du pays par les agences de notation, un tissu social « déchiré » et un débat démocratique qu’il estime remplacé par des menaces et des insultes.
« Les uns allant jusqu’à appeler les autres “kulunas” ou “moutons” selon les camps d’appartenance, gommant ainsi tout respect et toute humanité entre concitoyens »
Ce n’est pas tout. Idrissa Seck déplore, à ce propos, les appellations utilisées par les protagonistes des différents camps politiques. « Les uns allant jusqu’à appeler les autres “kulunas” ou “moutons” selon les camps d’appartenance, gommant ainsi tout respect et toute humanité entre concitoyens », relève-t-il. Il évoque également une image diplomatique du Sénégal ternie, avant d’ajouter : « Et vous verrez que nous n’avons pas encore touché le fond. »
« Et vous verrez que nous n’avons pas encore touché le fond. »
Face à cette situation, Idrissa Seck salue la mobilisation d’un nombre considérable de Sénégalais, au pays comme dans la diaspora, qu’il décrit comme profondément peinés par les difficultés des populations et inquiets pour l’avenir immédiat du Sénégal. Il salue particulièrement leur engagement à se donner les moyens de redresser la situation, de réparer ce qui est abîmé et de remettre le pays sur le chemin de la prospérité économique et du rayonnement international.
« Plus grave que la crise économique est la crise institutionnelle qui menace de bloquer le pays »
Le leader de Rewmi met également en avant leur volonté de construire « un véritable cordon sanitaire contre le populisme trompeur, porteur de germes destructeurs pour notre pays ». Il se réjouit, en particulier, de l’implication des jeunes, des femmes et de la diaspora, dont il dit mesurer « l’influence et la capacité d’engagement à leur juste valeur ». Pour Idrissa Seck, la profondeur de la crise que traverse le Sénégal appelle un véritable sursaut national. Celui-ci doit permettre, selon lui, de « sauver la République, les institutions, le commun vivre ensemble, extirper la haine entre compatriotes, et éviter le risque de continuer dans l’erreur ».
« Nous entendons y prendre toute notre part »
Au-delà de la situation économique et sociale, le président de Rewmi attire l’attention sur la crise institutionnelle. « Plus grave que la crise économique est la crise institutionnelle qui menace de bloquer le pays », soutient-il. Dans cette perspective, Idrissa Seck estime que le moment est venu de redonner la parole aux Sénégalais. Il évoque, à cet égard, leur volonté « clairement perceptible de mettre fin à l’aventure populiste ». Le leader politique considère que cette tâche ne saurait incomber à une seule catégorie d’acteurs. Il cite notamment la classe politique, la société civile, les syndicats, le secteur privé, ainsi que les citoyennes et les citoyens. « Cette tâche incombe à tous, classe politique, société civile, syndicats, secteur privé, citoyennes et citoyens… Nous entendons y prendre toute notre part », dira-t-il.
Actusen.sn
