Après Idrissa Seck, l’Alliance pour la République (APR) a dressé, ce mercredi, un tableau sombre de la situation politique, économique et sociale du Sénégal. Dans une déclaration lue par Abdou Khafor Touré, lors d’une conférence de presse, le parti de Macky Sall a dénoncé les divergences entre l’Exécutif et la majorité parlementaire autour de la loi de finances rectificative (LFR) 2026, alerté sur la dégradation des indicateurs économiques et les difficultés des populations, avant d’appeler à la construction d’un bloc de l’opposition en perspective de l’alternance.
L’Alliance pour la République (APR) hausse le ton contre les autorités en place. Dans sa déclaration sur la situation nationale, lue par Abdou Khafor Touré, ce mercredi, à Dakar, le parti de l’ancien président Macky Sall estime que le Sénégal traverse « une période particulièrement préoccupante », marquée par la persistance des difficultés économiques, la montée des tensions sociales et l’aggravation des incertitudes institutionnelles. « Alors que les Sénégalais attendent, avec une vive inquiétude, des réponses concrètes à leurs préoccupations quotidiennes, le débat public est largement dominé par les contradictions et les querelles au sommet de l’État, les rivalités politiques et les affrontements entre les différentes composantes de la majorité issue de l’alternance de 2024 », déplore la formation politique.
« Pendant que le pouvoir se dispute, le pays attend. Les Sénégalais souffrent et réclament des résultats »
Pour l’APR, la situation appelle « une appréciation globale, lucide et responsable ». Le parti affirme ne pas être réuni pour commenter exclusivement les querelles entre les dirigeants du pays, mais pour aborder les questions relatives aux institutions, à l’économie, à l’école, aux travailleurs, aux entreprises, aux collectivités territoriales et à la jeunesse. « Car, pendant que le pouvoir se dispute, le pays attend. Les Sénégalais souffrent et réclament des résultats », souligne la déclaration.
L’APR alerte sur « une crise politique profonde, marquée par des rivalités de leadership, des luttes d’influence et des calculs partisans qui menacent la continuité de l’action publique »
Sur le plan institutionnel, l’APR situe les tensions entre l’Exécutif et le Législatif bien avant l’ouverture de la session parlementaire du 13 octobre 2026. Elle évoque notamment les relations heurtées entre les deux pouvoirs, dans le contexte de l’installation d’Ousmane Sonko à la tête de l’Assemblée nationale. L’examen de la loi de finances rectificative (LFR) 2026 a, selon le parti, mis au jour les divergences entre l’Exécutif et sa majorité parlementaire. Après le rejet du projet en commission, le texte a été renvoyé, le 27 octobre, devant la Commission des finances, à la demande du Gouvernement, afin de poursuivre les discussions.
« Le Sénégal ne peut être l’otage des querelles de ses gouvernants », martèlent les camarades de Macky Sall
L’APR reconnaît au Parlement le droit de débattre, d’amender, de contrôler et, le cas échéant, de rejeter un texte. « C’est l’essence même de la démocratie parlementaire », rappelle-t-elle. Toutefois, elle s’interroge sur des divergences opposant des responsables qui ont défendu ensemble le même projet politique. « L’Agenda national de transformation, le Plan de redressement économique et social (PRES) et la loi de finances initiale 2026 ne sont pas issus de projets politiques concurrents. Ils procèdent d’une même majorité », relève le parti. Les péripéties entourant l’adoption de la LFR révéleraient ainsi, à ses yeux, « une crise politique profonde, marquée par des rivalités de leadership, des luttes d’influence et des calculs partisans qui menacent la continuité de l’action publique ».
« Le Sénégal ne peut être l’otage des querelles de ses gouvernants », martèle l’APR, qui estime que le pays ne saurait continuer à payer le prix des contradictions d’une majorité ayant sollicité la confiance des Sénégalais au nom d’un projet commun. Le parti met également en cause la responsabilité du PASTEF dans les choix budgétaires initiaux. Selon la déclaration, la formation politique conteste aujourd’hui certaines orientations et dénonce les conséquences de la politique gouvernementale, alors que son chef a lui-même élaboré et défendu la loi de finances initiale et le PRES. « Les dirigeants ne peuvent donc se dérober à leurs responsabilités politiques ni se défausser des conséquences de leurs propres décisions. L’indignation d’aujourd’hui ne saurait effacer les responsabilités d’hier », soutient l’APR.
« La question d’un retour aux urnes pourrait légitimement être examinée dans les conditions prévues par la Constitution »
Au-delà des tensions politiques, le parti de Macky Sall attire l’attention sur les difficultés auxquelles les Sénégalais restent confrontés : renchérissement du coût de la vie, difficultés d’approvisionnement en produits de première nécessité, inondations, délestages électriques et menaces sur la sécurité alimentaire dans le monde rural.bSur le plan économique, l’APR juge particulièrement alarmants les chiffres de la LFR. Elle fait état d’une baisse des recettes budgétaires de 340,1 milliards de FCFA, d’une hausse des dépenses de 150 milliards, d’un déficit budgétaire passant de 5,4 % à 7,6 % du produit intérieur brut (PIB) et d’une révision des prévisions de croissance de 5 % à 2,7 %. Le parti relève également une réduction de 555 milliards de FCFA des investissements publics. Pour lui, ces données traduisent la fragilité des prévisions budgétaires initiales et soulèvent des interrogations sur l’efficacité du PRES, dont les ressources attendues font l’objet d’une révision importante. « Comment un plan présenté comme l’instrument du redressement économique peut-il connaître, quelques mois seulement après son lancement, une telle dégradation de ses perspectives financières ? Comment un programme censé restaurer les équilibres budgétaires peut-il se traduire par des résultats aussi éloignés des objectifs annoncés ? », interroge la formation politique.
L’APR rappelle avoir exprimé des réserves sur la crédibilité de certaines hypothèses du PRES et sur le caractère irréaliste de prévisions qu’elle juge insuffisamment ancrées dans les réalités économiques. « À l’évidence, le PRES apparaît désormais comme une promesse dont les résultats restent largement à démontrer », estime-t-elle, évoquant les chantiers ralentis, les entreprises privées de commandes, les investissements compromis, les emplois menacés et les infrastructures attendues par les populations qui tardent à voir le jour.
La déclaration aborde également la question de la dette intérieure. L’APR rapporte que le Gouvernement évoque près de 1 956 milliards de FCFA d’arriérés et prévoit d’en apurer une partie à hauteur de 300 milliards de FCFA. Face à cette situation, le parti demande la publication d’un calendrier crédible de règlement des créances reconnues et exigibles, avec une attention particulière aux petites et moyennes entreprises (PME) et aux entreprises fragilisées par les retards de paiement. Ces retards, souligne-t-il, exposent les travailleurs au chômage technique, voire au licenciement. L’APR relève, par ailleurs, que le besoin brut de financement atteint 6 774,2 milliards de FCFA en 2026, dont plus de 4 500 milliards au titre de l’amortissement de la dette. Elle estime que les explications attendues doivent porter non seulement sur le déficit annuel, mais aussi sur le coût et les conditions du refinancement. Concernant les discussions avec le Fonds monétaire international (FMI), le parti dit prendre acte des avancées annoncées, tout en rappelant qu’un accord au niveau des services ne constitue pas encore un programme définitivement approuvé.
D’ailleurs, il demande des éclaircissements sur les modalités de traitement de la dette, les garanties de financement, les engagements budgétaires et leurs conséquences économiques et sociales. Pour l’APR, « le redressement des finances publiques ne doit pas se traduire par un affaiblissement durable de l’économie réelle, une dégradation du pouvoir d’achat et une détérioration des conditions de vie des Sénégalais ».
La question énergétique figure également parmi les préoccupations soulevées par le parti. L’APR cite les coupures d’électricité signalées dans plusieurs localités, les difficultés d’approvisionnement en combustibles, les perturbations dans la distribution des produits pétroliers et la hausse des prix des carburants. Après le relèvement des prix du supercarburant et du gasoil en août 2026, les ménages et les entreprises restent exposés, selon la déclaration, aux répercussions sur les transports, les prix des marchandises et les coûts de production. Dans le même temps, l’APR relève que la facture budgétaire des subventions énergétiques est passée de 250 à 790,3 milliards de FCFA dans le projet de LFR. Tout en reconnaissant les contraintes liées à l’évolution des cours internationaux du pétrole, le parti demande au Gouvernement de préciser sa stratégie de sécurisation des combustibles, les mesures prévues pour garantir la continuité de l’approvisionnement en électricité et la trajectoire envisagée pour les prix des carburants et de l’électricité. Il réclame également des précisions sur les mesures de protection destinées aux ménages vulnérables et aux secteurs productifs. « Il ne suffit pas d’annoncer un passage à des subventions ciblées. Encore faut-il en préciser les bénéficiaires, les mécanismes et les conséquences tarifaires », insiste l’APR, pour qui l’énergie conditionne le fonctionnement des entreprises, des hôpitaux, des écoles, des transports et de l’ensemble de l’appareil productif.
Dans sa déclaration, l’APR s’interroge sur les catégories qui supportent réellement le coût des difficultés de gouvernance. Elle cite notamment les entrepreneurs qui attendent le règlement de leurs créances auprès de l’État, les jeunes en quête de financement, les travailleurs confrontés à l’érosion de leur pouvoir d’achat, ainsi que les hôpitaux, les écoles et les ménages. « Le coût des erreurs de gouvernance ne doit pas être supporté par les populations », affirme le parti. La formation politique assure, dans ce contexte, qu’elle ne choisira « ni le camp du chantage ni celui de la complaisance », précisant que sa démarche consiste à exiger des réponses aux problèmes concrets du pays. À ce titre, elle formule sept principales demandes : la clarification de la trajectoire budgétaire et des conditions du programme envisagé avec le FMI ; la protection effective du pouvoir d’achat ; la sécurisation de l’approvisionnement énergétique ; la publication d’un calendrier crédible de règlement de la dette intérieure ; le respect des accords sociaux ; l’amélioration des conditions de fonctionnement des établissements scolaires et des structures sanitaires ; et la publication d’un calendrier électoral transparent.
Ce n’est pas tout. L’APR demande, en outre, que les décisions économiques et financières de l’État fassent l’objet d’évaluations précises de leurs conséquences sur l’investissement, l’emploi et les catégories les plus vulnérables. Sur le plan institutionnel, elle estime que le Gouvernement doit pouvoir exercer ses prérogatives dans le respect de la Constitution, tandis que l’Assemblée nationale doit exercer librement ses fonctions de contrôle et de vote. « En tout état de cause, les divergences politiques ne doivent pas compromettre la continuité de l’État », souligne le parti. Il ajoute que, si les contradictions au sommet du pouvoir conduisaient à une impasse durable, « la question d’un retour aux urnes pourrait légitimement être examinée dans les conditions prévues par la Constitution ».
L’APR précise toutefois qu’une telle perspective ne saurait dispenser les autorités d’apporter, dès à présent, des réponses aux urgences économiques et sociales. Dans la dernière partie de sa déclaration, l’APR durcit son discours politique. Le parti évoque « la faillite totale du régime Pastef dans ses deux composantes », qu’il associe à une crise politique, économique et sociale de forte amplitude. Il réaffirme sa volonté de bâtir un parti fort, engagé dans une opposition unie autour de l’objectif de combattre puis de battre le pouvoir, afin de construire « ensemble, l’après Pastef ».
« Notre ambition ne se limite pas à la reconquête du pouvoir. Elle consiste à proposer aux Sénégalais une vision cohérente pour redresser l’économie, restaurer la confiance, consolider nos institutions, renforcer la cohésion nationale et ouvrir de nouvelles perspectives à notre jeunesse »
Dans cette perspective, l’APR lance un appel solennel à toute l’opposition et aux forces vives de la nation pour la construction d’« un puissant bloc destiné à défaire le régime de ruine national, installé par le “Pastef-system” ».
Le parti apporte également « son soutien politique appuyé et total » à la coalition Takku Wallu Sénégal, qu’il présente comme remarquable par sa lucidité, sa bravoure et sa force combattante. Il renouvelle, dans le même temps, son engagement envers le Front pour la défense de la République (FDR).
La déclaration salue aussi les forces politiques, citoyennes et de la société civile qui se sont mobilisées contre le PASTEF et ses dérives, citant notamment le président Idrissa Seck parmi ceux qui ont répondu à cet appel. Enfin, sous le leadership de Macky Sall, l’APR annonce poursuivre sa réorganisation et préparer les conditions d’une alternative politique pour 2029. Celle-ci, indique le parti, reposera sur un projet rénové, son expérience gouvernementale, son implantation territoriale et sa capacité de renouvellement.
« Notre ambition ne se limite pas à la reconquête du pouvoir. Elle consiste à proposer aux Sénégalais une vision cohérente pour redresser l’économie, restaurer la confiance, consolider nos institutions, renforcer la cohésion nationale et ouvrir de nouvelles perspectives à notre jeunesse », lit-on dans la déclaration. Pour l’APR, le Sénégal mérite « une gouvernance responsable, des institutions respectées et des résultats à la hauteur des attentes de son peuple ».
Amadou DIA (Actusen.sn)
