La vague de redevabilité qui secoue la sphère politique sénégalaise continue de gagner du terrain, et cette fois, c’est Moustapha Diop, ancien ministre de l’Industrie et actuel député, qui se retrouve au centre du tourbillon judiciaire. Citée dans le rapport explosif de la Cour des comptes sur la gestion des fonds Covid-19, son nom vient s’ajouter à la liste, de plus en plus longue, des figures politiques rattrapées par le passé. Pourtant, l’intéressé clame haut et fort son innocence. Face à ses collègues députés, réunis pour statuer sur la levée de son immunité parlementaire pour la deuxième fois, Moustapha Diop ne dévie pas d’un iota de sa ligne de défense. Selon lui, les accusations qui le visent ne reposent sur aucune base tangible. « Tout le plaidoyer du ministre est basé sur des erreurs », déclare-t-il, rejetant en bloc toute responsabilité.
« Je pense quand il s’agit d’accuser une personne, il faut le faire en se basant sur du concret »
L’ancien ministre rappelle qu’en pleine pandémie, l’Assemblée nationale avait voté une loi d’habilitation conférant au président Macky Sall des pouvoirs exceptionnels. Ce cadre légal, à ses yeux, rend caduques les critiques actuelles sur le non-respect du Code des marchés publics. En somme, s’il n’y avait plus de règles classiques à suivre. « Je pense quand il s’agit d’accuser une personne, il faut le faire en se basant sur du concret », insiste-t-il, visiblement excédé. Et de poursuivre : « Je suis ministre de la République, je ne suis ni administrateur de crédit, ni ordonnateur de dépenses, ni responsable de programme. Qu’est-ce que j’ai fait pour qu’on me poursuive ? Quel est le problème ? » Le ton est ferme, presque amer. Il rappelle que sa première levée d’immunité dans l’affaire Tabaski Ngom s’était déjà faite, selon lui, sur du « néant ». Et il voit dans ce nouvel épisode une répétition du même scénario.
« Soit c’est moi qui vous intéresse, soit je suis une proie facile »
Mais ce que Moustapha Diop dénonce avant tout, c’est ce qu’il considère comme une forme d’acharnement sélectif. « En plus cet argent ce n’est qu’une somme modique. Les 2 milliards 500, c’est 0,025 % des fonds. C’est comme prendre une tasse d’eau de la mer. Où sont ceux qui avaient 500 milliards, 400, 300 milliards ? Pourquoi sélectionner 4 ministres ? Où sont les autres ? » s’interroge-t-il avec véhémence. Et de conclure, dans une posture de défi : « Soit c’est moi qui vous intéresse, soit je suis une proie facile pour qu’à chaque fois, on lève mon immunité ? Je ne suis pas d’accord aujourd’hui ni demain. »
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