En présidant la Journée des martyrs et des victimes hier au Grand Théâtre, Ousmane Sonko a tenté de ramener le calme au sein du Pastef, dans un contexte marqué par des tensions internes et des frustrations persistantes. Le Premier ministre a mis l’accent sur la nécessité de restaurer un dialogue structuré, tout en rendant hommage aux victimes des crises politiques de 2021-2024.
La Journée des martyrs organisée hier aura surtout été l’occasion, pour Ousmane Sonko, de répondre indirectement aux crispations qui traversent le Pastef. Devant familles de victimes, anciens détenus et militants, le chef du Parti a théorisé le retour à un dialogue interne organisé, reconnaissant l’existence de «différends» mais refusant qu’ils deviennent des fractures irréversibles.
Dans un langage mesuré, Ousmane Sonko a invité ses militants à s’inscrire dans une logique de vérité, mais sans excès d’humeur
Ousmane Sonko a admis que certaines frustrations découlent d’«un déficit de concertation», depuis plusieurs mois. Dans un langage mesuré, il a invité les militants à s’inscrire dans une logique de vérité, mais sans excès d’humeur. Le leader a défendu l’idée d’un espace d’échanges permanent où les sujets sensibles pourront être abordés « sans déformer la réalité, ni magnifier inutilement les actions menées ».
En reconnaissant publiquement leurs souffrances, Sonko réaffirme la légitimité morale du Pastef tout en recentrant le discours sur un socle mémoriel commun
Ce discours, au-delà de sa portée symbolique, révèle l’intention d’un repositionnement stratégique. Il veut réinstaurer la gouvernance collective qui avait longtemps fait la force du mouvement. D’ailleurs, le président du Pastef a rappelé que les dirigeants actuels du pays – dont Bassirou Diomaye Faye – avaient eux aussi subi les conséquences politiques et judiciaires des affrontements passés. Un rappel destiné à neutraliser les lectures divergentes des trajectoires individuelles au sein du parti.
Ainsi, il tente de contenir les critiques internes qui se nourrissaient, ces dernières semaines, d’un sentiment d’éloignement entre la base et ses dirigeants
L’hommage rendu aux victimes apparaît ainsi comme un levier politique. En reconnaissant publiquement leurs souffrances, Sonko réaffirme la légitimité morale du Pastef tout en recentrant le discours sur un socle mémoriel commun. Cette stratégie vise à contenir les critiques internes qui se nourrissaient, ces dernières semaines, d’un sentiment d’éloignement entre la base et ses dirigeants.
«Ceux qui partagent une même destination doivent se concerter», a-t-il lancé
Face à une assistance marquée par les récits de pertes humaines, de prison, de blessures physiques et psychologiques, Sonko a également rappelé que le mouvement devait assumer son héritage. «Ceux qui partagent une même destination doivent se concerter», a-t-il insisté. Un message qui, en filigrane, sonne comme une invitation à solder les incompréhensions et à se projeter politiquement.
La cérémonie a ainsi fait office de tribune mémorielle, mais aussi de repositionnement interne. Entre hommage, pédagogue politique et volonté affichée de stabilisation, Sonko a tenté de reprendre la main sur le récit collectif du Pastef. La suite dépendra désormais de la capacité du mouvement à transformer ces paroles en mécanismes concrets de concertation et de régulation interne. Ce qui n’est pas souvent le cas…
Actusen.sn
