Face aux interrogations persistantes sur le projet d’électrification confié à AEE Power EPC et les 37 milliards déjà mobilisés, Thierno Alassane Sall charge le ministre du Pétrole et des Énergies. Selon lui, le refus de fournir des informations factuelles devant les députés révèle des zones d’ombre sur l’exécution du programme et la gestion des financements espagnols.
La sortie du ministre chargé de l’Énergie devant l’Assemblée nationale continue de susciter de vives réactions. L’ancien ministre de l’Énergie et député, Thierno Alassane Sall, estime que le silence du ministre sur le projet AEE Power EPC traduit davantage un malaise qu’une obligation judiciaire. Selon lui, le ministre a refusé de répondre à sa question portant sur le nombre réel de villages électrifiés dans le cadre du contrat controversé confié à AEE Power EPC, sous prétexte que « l’affaire est pendante devant les tribunaux ». Un argument que M. Sall juge irrecevable dans un communiqué. « La saisine de la justice ne peut empêcher la communication d’informations objectives et vérifiables », soutient-il.
TAS à Birame Souleye Diop après que le ministre de l’énergie a refusé de répondre sur l’affaire Aser : « La saisine de la justice ne peut empêcher la communication d’informations objectives et vérifiables »
L’ancien ministre remet sur la table une question devenue centrale. Que sont devenus les 37 milliards de francs CFA déjà mobilisés pour le projet ? À défaut d’un bilan tangible, le député non inscrit demande au moins la liste des 600 villages officiellement électrifiés, qui permettrait d’attester de la bonne utilisation des fonds. Ce flou tranche, selon lui, avec la communication insistante de l’ASER, accusée de « propagande » médiatique pour présenter le projet comme avancé, alors que les bailleurs espagnols ont suspendu les décaissements.
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Ce n’est pas tout puisque Thierno Alassane Sall affirme que des représentants de l’État s’apprêteraient à se rendre en Espagne pour tenter une nouvelle fois d’obtenir la levée de la suspension du financement. Il ironise sur ce déplacement qu’il compare à une « quête de miracle », rappelant qu’après un premier refus des bailleurs, l’État avait obtenu de manière inattendue une rétractation de l’ordonnance de la Cour suprême sur la suspension du marché. Un réajustement qualifié de « miracle » par l’ancien ministre, mais qui n’a rien changé au statu quo, puisque le financement demeure bloqué.
D’autres députés appuient les accusations
D’ailleurs, l’intervention de Sall ne fut pas isolée dans l’hémicycle. Le député Adama Diallo, ancien patron du ministère de l’Énergie, a interpellé l’ASER via le ministre : « Citez un seul programme d’électrification rurale lancé sous ce régime. » Sa réponse est sans équivoque : aucun, selon lui, rapporte le communiqué.
Selon le même document, le député Djimo Souaré est allé plus loin, dénonçant une « appropriation politique » de projets antérieurs. Il cite notamment les villages récemment médiatisés à Kédougou, que l’ASER aurait attribués à l’actuel gouvernement alors qu’ils relèvent du programme GAUFF INTERNATIONAL lancé en 2017, sous Macky Sall.
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Pour Thierno Alassane, cette absence de réponses sur l’état d’avancement réel des travaux, l’utilisation des ressources mobilisées, et la nature exacte des programmes revendiqués par l’ASER, montre un fossé entre discours officiel et réalité de terrain. « Regrettable mais compréhensible », écrit-il, estimant que le ministre n’avait pas de réponses solides à apporter aux députés. Dans un contexte d’enquête en cours, où les acteurs clés devraient bientôt passer devant la Section de Recherches, l’affaire de l’électrification rurale semble loin d’avoir livré tous ses secrets.
Actusen.sn
