Il prétendait briller sous les étals du marché, à tel point qu’il se targuait de fournir ses dattes à l’ancienne Première dame Marieme Faye Sall et à quelques ministres. Mais ce 27 mai, Mbaye Diaw n’était pas sur les marches du succès. C’est dans le box des prévenus qu’il a comparu, condamné pour abus de confiance, après une rocambolesque affaire de dattes et de millions envolés. Tout commence par une cargaison de 2 576 cartons de dattes confiée à Mbaye Diaw par Serigne Bassirou Diop, un Sénégalais établi en France. Un accord verbal, de vendre les dattes rapidement et reverser les recettes. «C’était un dépôt-vente. On m’a proposé plusieurs prix, d’abord 5 000 F, ensuite 4 500 F, et on s’est finalement entendus sur 3 000 F le carton», déclare le prévenu à la barre. Sauf que les chiffres ne suivent pas.
Selon ses propres dires, il n’aurait vendu que 1 226 cartons, pour un total de 3,6 millions de francs CFA. Pourtant, à l’heure du bilan, seulement 1,8 million a été reversé à son partenaire. Le reste, il ne l’aurait jamais encaissé. «Les dattes étaient infestées d’insectes. J’ai même fait constater l’avarie par un huissier. Je voulais restituer les invendus, mais Serigne Bassirou était déjà rentré en France», tente-t-il de justifier. Face à lui, la partie civile s’indigne. La sœur du plaignant ne cache pas son amertume. «Ce n’est pas un dépôt-vente. Mon frère a contracté un prêt en France pour cette cargaison. Il bossait sous la neige, c’est comme ça qu’il a acheté ces dattes. Et lui, il n’en a fait qu’à sa tête », dénonce-t-elle avec force. D’après elle, 1 350 cartons sont toujours sans trace ni explication. Et les tentatives de conciliation auraient échoué : «Il m’a envoyée promener. Et après, il raconte qu’il vendait pour Marieme Faye Sall», lance-t-elle, excédée.
Un collaborateur du plaignant, Aliou Ba, enfonce le clou. Il dira : « On avait convenu d’un prix à 5 000 francs. Les dattes étaient en bon état. Il avait promis de tout écouler rapidement. » À l’audience, un audio est même diffusé dans lequel on y entend Mbaye Diaw s’engager à rembourser les sommes dues. Pour sa défense, Me Fara Gomis temporise. A ses yeux, il ne s’agit que d’un différend commercial. « Il a reversé ce qu’il a pu. Ce n’est ni de l’escroquerie ni de l’abus de confiance. On parle d’invendus, de marchandises qui ont pourri. Rien de pénal. »
L’avocat balaie les 50 millions réclamés, qu’il juge « fantasmés », et propose un dédommagement « plus réaliste » de 5 millions. Mais Me Barro, conseil de la partie civile, ne l’entend pas ainsi : « Il essaie de se faire passer pour la victime. Mais les faits parlent d’eux-mêmes. S’il n’y a pas escroquerie, il y a au moins abus de confiance. » Finalement, le tribunal a tranché. Mbaye Diaw est relaxé du chef d’escroquerie, mais reconnu coupable d’abus de confiance. Il devra verser 12 millions de francs CFA à la partie civile. Il échappe toutefois à la prison.
Aïssatou TALL (Actusen.sn)
