La Chambre criminelle du tribunal de Dakar a examiné une affaire à la fois complexe et tragique, marquée par un homicide et des violences ayant bouleversé plusieurs familles. Au cœur du dossier : la mort brutale de Mamadou Ba, alias Pala, dont les circonstances ont été minutieusement reconstituées lors de l’audience. Les faits remontent à une soirée où Fady Badji, accompagné de plusieurs autres individus, se rend chez deux dealers pour se procurer du chanvre indien. À peine arrivés, la tension monte. Faly Badji, le frère de Fady, se met à proférer des insultes à l’encontre d’un des présents. Pala intervient aussitôt pour prendre la défense de ce dernier, déclenchant une altercation musclée avec Faly.
Très vite, la situation dégénère. Aly Badji, voulant protéger son frère, frappe violemment Pala avant de prendre la fuite. Mais il ne tarde pas à revenir, cette fois armé d’un morceau de brique. Pala, déterminé à ne pas se laisser faire, l’attaque à son tour, le rouant de coups jusqu’à lui ensanglanter le visage. C’est à ce moment que Fady Badji intervient : il s’approche discrètement de Pala et le poignarde avant de s’éclipser. Lors de l’audience, les accusés ont livré des versions souvent contradictoires, marquées par l’émotion et les regrets. Aly Badji, âgé de 39 ans, a reconnu son implication dans la bagarre tout en réfutant certaines accusations.
«J’étais parfaitement lucide ce jour-là. Pala était armé et tentait de me poignarder. Pendant notre affrontement, j’ai tout fait pour immobiliser sa main qui tenait le couteau», a-t-il expliqué. Il a également précisé qu’après avoir été raccompagné chez lui par Ibrahima Ndiaye, il ignorait ce qui s’était produit entre Fady et Pala avant que ce dernier ne soit mortellement blessé.
Ibrahima Ndiaye, né en 1995 et commerçant à Rufisque, comparaît quant à lui pour injures publiques envers Fatou Dieng. Il a reconnu les faits tout en niant avoir entretenu une quelconque relation avec elle avant l’incident. Il est revenu sur une rencontre remontant à 2022, au cours de laquelle une dispute avait éclaté après qu’il lui ait demandé un préservatif. «Elle m’a répondu qu’elle n’était pas une fille facile», a-t-il témoigné, expliquant qu’une altercation physique avait suivi et qu’il s’était défendu avec une hache.
Dans un moment chargé d’émotion, Adama Fall, la mère de Mamadou Ba, a pris la parole pour exprimer son immense douleur et réclamer justice pour son fils. « Je veux que les intérêts civils soient préservés », a-t-elle déclaré, rappelant que derrière les procédures judiciaires, il y a une famille brisée par la perte d’un être cher.
Le parquet a relevé des irrégularités dans la procédure contre Ibrahima Ndiaye, plaidant pour l’abandon des poursuites à son encontre faute de base légale. En revanche, les faits reprochés à Aly Badji, accusé de violences volontaires, ont été considérés comme établis. S’agissant de Fady Badji, le ministère public a insisté sur la gravité du crime, le reconnaissant coupable de meurtre et réclamant une peine de 10 ans de réclusion criminelle. L’avocat de Fady Badji a plaidé la provocation pour tenter d’atténuer la responsabilité de son client.
«Nul ne peut échapper à son destin», a-t-il déclaré, insistant sur le fait que son client n’avait pas prémédité son geste. Il a également mis en cause Fatou Dieng, qu’il considère comme l’élément déclencheur de la rixe. «Ses témoignages ne devraient même pas être pris en compte», a-t-il martelé. L’affaire est mise en délibéré.
Aïssatou TALL (Actusen.sn)
