Le tribunal des flagrants délits de Dakar a examiné ce vendredi l’affaire du vol de bijoux commis le 24 juillet 2026 au domicile de l’animatrice de la Tfm, Awa Traoré, dite Eva Tra. Deux hommes comparaissaient à la barre. Le parquet a requis cinq ans d’emprisonnement ferme contre chacun. L’affaire a été mise en délibéré au 9 octobre.
Mouhamed Coulibaly, 40 ans, commerçant domicilié à Taïba Niassène, est poursuivi pour escroquerie portant sur des bijoux estimés à 14 millions de francs Cfa. Baye Guèye, 41 ans, peintre et domicilié dans la même localité, comparaît pour recel. À l’audience, les deux prévenus ont contesté les faits. Le fils d’Eva Tra, B.W. Seck, a toutefois relaté la manière dont il aurait été manipulé. Selon son témoignage, un homme l’a appelé sur le téléphone fixe de la maison en se présentant comme un agent de Sonatel. Il lui aurait fait croire à un problème lié au Wi-Fi avant de récupérer son numéro personnel.
L’interlocuteur aurait ensuite prétendu avoir échangé avec sa mère et demandé au jeune homme de récupérer les bijoux. Sur ses instructions, il aurait forcé l’armoire, pris le sac contenant les bijoux et l’aurait remis à un chauffeur de taxi. À la barre, Eva Tra a également raconté les appels reçus le jour des faits. Elle affirme avoir été confrontée à plusieurs numéros, dont des numéros privés. Après la disparition des bijoux, elle dit avoir échangé avec ses interlocuteurs pendant environ 17 minutes. Ces derniers lui auraient demandé d’identifier certaines pièces avant de lui révéler qu’elles avaient été remises par d’autres personnes. L’animatrice dit soupçonner l’existence d’un réseau derrière cette affaire. Ses avocats ont notamment évoqué l’hypothèse d’une organisation opérant entre le Sénégal et la Gambie.
Baye Guèye a nié toute implication à la barre. Il affirme qu’il se trouvait à Kaolack pour son activité de peintre. Le juge lui a toutefois rappelé des déclarations qui lui sont attribuées lors de l’enquête, selon lesquelles il aurait reçu 400 000 francs CFA de commission après la vente des bijoux. Le prévenu a expliqué que cette somme aurait servi à acheter des médicaments pour sa mère, avant de contester ces déclarations et d’affirmer avoir été brutalisé par les enquêteurs. Le dossier fait également état de déplacements en Gambie pour écouler l’or. Baye Guèye conteste avoir tenu les propos qui lui sont attribués à ce sujet. Mouhamed Coulibaly rejette lui aussi les accusations. Les enquêteurs s’appuient notamment sur des éléments techniques liés à un téléphone Motorola dont l’IMEI aurait été localisé. Selon l’accusation, son numéro ainsi que celui de son épouse auraient servi à appeler le téléphone fixe du domicile d’Eva Tra. Le prévenu reconnaît avoir possédé l’appareil, mais affirme l’avoir confié à son épouse avant qu’il ne soit perdu.
Dans son réquisitoire, le procureur s’est appuyé sur les éléments techniques recueillis au cours de l’enquête ainsi que sur les déclarations attribuées aux prévenus. Le ministère public estime que les éléments du dossier permettent d’établir leur implication et a requis cinq ans d’emprisonnement ferme contre chacun des deux hommes. Pour Mouhamed Coulibaly, Me Abdou Aziz Diop a contesté le lien entre son client et les faits. L’avocat a notamment remis en cause la portée des réquisitions téléphoniques et soutenu que le téléphone Motorola concerné était inactif depuis avril 2025. Il a plaidé la relaxe au bénéfice du doute. Baye Guèye, qui comparaissait sans avocat, a pour sa part demandé la clémence du tribunal. Constituée partie civile, Sonatel réclame un million de francs Cfa à Mouhamed Coulibaly pour usurpation de fonction et atteinte à son image. De son côté, Eva Tra, représentée par Mes Aboubacry Barro et Fatoumata Sall, réclame 100 millions de francs Cfa de dommages et intérêts. Le tribunal a finalement mis l’affaire en délibéré. Le verdict est attendu le 9 octobre 2026.
Aissata TALL (Actusen.sn)
