Ce mercredi 16 avril 2025, la Direction générale de la Police nationale (Dgpn) a présenté son rapport annuel d’activités pour l’année 2024, lors d’une conférence de presse organisée dans la salle de conférence du ministère de l’Intérieur et de la Sécurité publique. Un document riche en chiffres et en enseignements, traversé par l’engagement de l’institution dans tous les fronts de la sécurité intérieure. Dans ce rapport, les autorités policières ont revisité l’année écoulée à travers plusieurs volets : police judiciaire, administrative, sécurité routière, unités spécialisées, flux migratoires, délivrance de documents, couverture des grands événements… Rien n’a été laissé de côté.
S’agissant des activités de la police judiciaire, le document livre un constat précis : « Les Sénégalais ont été à l’origine de 18 951 infractions, soit 92,54 % des infractions enregistrées au cours de l’année. » Un chiffre significatif, qui dessine la géographie d’une délinquance majoritairement nationale. Parmi ces infractions, celles « contre la propriété » sont les plus nombreuses, représentant « 49,82 % » du total. Viennent ensuite les délits liés à la drogue, qui comptent pour « 25,72 % ». Les étrangers, eux, ont été impliqués dans « 1 527 infractions », concentrées essentiellement autour des mêmes catégories. La circulation anarchique des deux-roues a continué d’alimenter l’insécurité routière. Pour la Police nationale, leur régularisation a été « une bouffée d’oxygène ». Mais le chantier reste colossal : « 49 % des accidents mortels enregistrés en 2024 ont impliqué des deux-roues », lit-on dans le rapport. Dakar et Thiès figurent parmi les zones les plus impactées, avec respectivement « 127 » et « 50 » accidents recensés. La réponse des forces de l’ordre a combiné répression et sensibilisation : campagnes sur le port du casque, contrôles renforcés, retrait de véhicules non conformes. La bataille est loin d’être gagnée.
Le rapport consacre également une large part à la lutte contre le trafic de stupéfiants. En 2024, les saisies ont frôlé un record : « plus de 5 tonnes de chanvre indien » ont été interceptées, « contre à peu près 4 tonnes en 2023 ». Une progression qui témoigne autant de l’ampleur du trafic que de la vigilance des forces. Les efforts sont le fruit d’une coordination entre les Brigades régionales des stupéfiants (Brs) et l’Ocrtis, en surveillance permanente des axes de transit notamment ceux reliant la Casamance au centre du pays, jusqu’à Touba et Dakar. Le rapport souligne la nécessité d’un « contrôle accru des zones frontalières » et l’importance du renseignement opérationnel. Cependant, dans le cadre de la lutte contre la mendicité, les opérations menées ont ciblé prioritairement les mineurs âgés de 0 à 5 ans, mais aussi ceux de 11 à 18 ans. Et si les Sénégalais sont majoritairement concernés, un détail frappe dans les interpellations : « les mendiants étrangers interpellés (85) sont nettement plus nombreux que les mendiants de nationalité sénégalaise (51). » Une situation qui soulève des enjeux à la fois sociaux, sécuritaires et diplomatiques. Le rapport évoque une intensification des collaborations avec les services sociaux, mais aussi des réflexions autour de « solutions durables » pour protéger les mineurs vulnérables de l’exploitation.
Autre front évoqué sans détour : celui de la migration irrégulière. En 2024, la DGPN annonce une hausse « de 9,49 % par rapport en 2023 », avec un total de « 4 630 personnes arrêtées » pour tentative de départ illicite, principalement des ressortissants sénégalais. Le nombre de sorties du territoire, toutes migrations confondues, s’est élevé à « 3.481.492 » personnes, contre « 2.867.798 » en 2023. Le document rappelle également les efforts de rapatriement : « 5 600 migrants ont été rapatriés », notamment en lien avec des pays de transit comme la Mauritanie, le Maroc, ou en coopération avec des partenaires tels que l’Oim. En livrant ce rapport, la Police nationale a surtout voulu rappeler que, malgré la complexité du contexte national et régional, ses hommes et femmes restent mobilisés. L’année 2024, écrivent les auteurs du rapport, a été celle d’« un engagement constant pour la sécurité publique », dans des « conditions souvent difficiles ». La Dgpn salue les efforts des agents sur le terrain, souligne les réformes internes entamées, et met en avant la volonté de renforcer le lien avec les populations. Le mot d’ordre est clair : efficacité, adaptation, proximité.
Aïssatou TALL (Actusen.sn)
