Dans un communiqué rendu public ce 22 novembre, Me Moussa Bocar Thiam hausse le ton. Cité nommément la veille par l’Union des magistrats du Sénégal (UMS), l’avocat dit prendre acte mais fustige une démarche qu’il juge « irrégulière », rappelant que l’association n’a ni pris attache avec lui ni avisé l’Ordre des avocats avant de publier quoi que ce soit.
L’ancien ministre recadre l’UMS : “Ce n’est ni votre rôle ni votre compétence”
Selon lui, l’UMS “outrepasse ses prérogatives” en se prononçant sur l’opportunité ou la recevabilité d’une dénonciation qui relève exclusivement de l’Inspection générale de l’administration de la justice (IGAJ), encadrée par la loi 98-23.
Il dénonce le “silence complice” de l’UMS face aux attaques d’Ousmane Sonko
Me Thiam, en mode frontal, reproche à l’UMS une indignation sélective. Il rappelle que le 8 novembre 2025, Ousmane Sonko avait publiquement accusé « des magistrats de saborder le travail du pool judiciaire et financier » et appelé l’État à « nettoyer la justice ». Des propos visant explicitement, selon lui, le Conseil constitutionnel, la Cour suprême et la Cour d’appel. Les magistrats Maham Diallo et feu Samba Fall avaient également été directement pris pour cible. “L’UMS est restée muette. Aucune réaction, aucun rappel à l’ordre”, a-t-il dénoncé. Une “occasion manquée”, selon l’avocat, pour défendre la dignité de l’institution judiciaire.
Le maire de Ourossogui persiste et signe : “Je dénonce des traitements inhumains et dégradants”
Le cœur de la riposte porte sur le cas de Farba Ngom, détenu au Pavillon spécial. Car selon Me Thiam, le maire des Agnam est en “danger vital” à la suite d’expertises médicales “commanditées par le magistrat incriminé”. Il accuse le juge Idrissa Diarra de maintenir en détention un homme « agonisant », au mépris des recommandations médicales.
L’avocat étend sa dénonciation au cas de l’épouse du journaliste Madiambal Diagne, qu’il décrit comme étant “en chaise roulante et mourante”, mais également maintenue en détention par le même magistrat.
Me Thiam affirme que ces comportements individuels – qu’il dit “intuitu personae” – constituent des manquements graves “à l’honneur, à la délicatesse et à la dignité de la fonction judiciaire”, dénoncés selon lui par des organisations de la société civile et même le Conseil national des droits de l’homme.
N’excluant pas de se battre pour que le magistrat incriminé soit poursuivi, l’ancien ministre annonce la couleur. Dès qu’il aura saisi le bâtonnier, il compte déposer plainte devant la chambre disciplinaire du Conseil supérieur de la magistrature et devant la Cour des droits de l’homme de la CEDEAO pour “traitements inhumains et dégradants” infligés à des personnes présumées innocentes.
“Je respecte profondément l’institution judiciaire, mais je vise un seul homme”
Souhaitant désamorcer toute interprétation d’une attaque contre la justice dans son ensemble, Me Thiam précise : “Je ne m’adresse ni au corps des magistrats, ni à l’UMS, encore moins à l’institution judiciaire. La seule personne concernée est le magistrat Idrissa Diarra.”
Pour lui, aucune solidarité corporatiste ne saurait être invoquée puisque, affirme-t-il, “aucun magistrat ne cautionne les agissements d’Idrissa Diarra”.
Il n’exclut pas d’internationaliser la bataille
D’ailleurs, Me Thiam veut élargir le débat. Il appelle le peuple sénégalais, l’Ordre des médecins, l’Ordre des avocats, les organisations de défense des droits humains ainsi que l’International Association of Lawyers (UIA) à se saisir de ces cas qu’il qualifie de graves et urgents.
Amadou DIA (Actusen.sn)
