Dans une sortie juridique et politique très remarquée, Me Moussa Bocar Thiam, avocat, ancien ministre et maire de Ourossogui, a officiellement demandé au Procureur de la République, Abdoulaye Sylla, de renoncer à l’appel formé contre la décision de mise en liberté provisoire de Farba Ngom. Il invoque des raisons humanitaires graves, une procédure fragile et le respect des droits fondamentaux.
L’affaire Farba Ngom connaît un nouveau rebondissement. Dans une correspondance adressée au Procureur de la République près le Pool judiciaire et financier, Me Moussa Bocar Thiam monte au créneau et plaide pour l’abandon pur et simple de l’appel formé par le parquet contre les ordonnances n°03-2026 et 04-2026 rendues le 7 janvier 2026, ordonnant la mainlevée de la détention et le placement sous contrôle judiciaire de l’inculpé.
Un état de santé jugé “catastrophique”
Premier argument de taille : la santé de Farba Ngom. Selon Me Thiam, plusieurs expertises médicales, ordonnées par le président du Collège des juges d’instruction, décrivent une situation sanitaire « alarmante », avec un risque prévisible de décès subite en milieu carcéral. Malgré cela, regrette-t-il, l’inculpé a été maintenu au pavillon spécial, qui demeure, selon lui, un milieu carcéral à part entière, d’autant plus que l’hôpital Le Dantec est en travaux depuis des années.
Pour l’avocat, ces éléments suffisent à justifier, à titre humanitaire, une mise en liberté provisoire. Il appelle le parquet à faire prévaloir la sauvegarde de l’intégrité physique d’un homme qui, souligne-t-il, n’a jamais eu maille à partir avec la justice, est régulièrement domicilié et a constitué une importante équipe de défense pour faire valoir son innocence.
Un appel jugé “difficile à soutenir”
Sur le fond du dossier, Me Moussa Bocar Thiam remet également en cause la pertinence de l’appel du parquet, qu’il qualifie implicitement d’« appel conservatoire ». Il estime paradoxal que Farba Ngom soit poursuivi pour complicité de détournement de deniers publics, alors qu’aucun agent du Trésor n’est inculpé dans la procédure. Plus encore, il soutient qu’aucun élément matériel ne démontre que son client aurait reçu ou manipulé des fonds publics.
À l’appui de sa démonstration, il rappelle que : le rapport de la CENTIF est dépourvu de valeur probatoire d’infractions pénales ; et que Farba Ngom n’a posé aucun acte matériel, concret ou tangible, rappelant que “la manipulation de deniers publics relève exclusivement des agents du Trésor, absents du dossier.”
Droits de l’homme et présomption d’innocence invoqués
Au-delà du cas individuel, Me Thiam interpelle le parquet sur le respect des droits fondamentaux dans une démocratie. Il dénonce certaines pratiques de procédure pénale, notamment le « retour de parquet » ou l’« appel conservatoire », qu’il considère comme des mécanismes permettant au parquet de gagner du temps au détriment des libertés individuelles. « Les parquets doivent garantir aux citoyens les droits que la loi leur confère et non user de pratiques déconsolidantes des droits de l’homme », plaide-t-il, rappelant que la présomption d’innocence doit guider aussi bien les magistrats du siège que ceux du parquet. Ce n’est pas tout puisque la l’ancien ministre dit faire confiance au Procureur de la République pour agir dans le sens de « l’intérêt d’une bonne administration de la justice » et des « intérêts supérieurs de la société ».
Amadou DIA (Actusen.sn)
