La chambre criminelle du tribunal de grande instance de Dakar a évoqué ce mardi un dossier aussi troublant que dramatique, mettant en scène une affaire de viol aux ramifications familiales complexes. Au centre des récriminations, Cheikh Fall, un jeune homme de 24 ans domicilié à Yarakh. Il est accusé de viol sur la personne de Diouma D., l’épouse de son père. Une affaire qui, au-delà des faits reprochés, expose les fractures d’une famille et les contradictions d’un récit judiciaire où la vérité semble insaisissable. Selon l’accusation, les faits remonteraient à février 2022. Diouma D. l’épouse du père de Cheikh Fall, devant la barre est revenue sur la scène glaçante. Revenue des toilettes au crépuscule, elle aurait trouvé Cheikh dans la chambre qu’ils partageaient tous les trois, une pièce exiguë au sein d’une habitation décrite comme « une usine », où son mari travaille comme gardien. « Il s’est mis derrière moi et m’a attaqué », a-t-elle déclaré, décrivant une résistance acharnée mais vaine. « Je suis tombée sur le matelas. C’est ainsi qu’il m’a violé. J’ai crié, mais personne n’est venu. » Diouma D. a également révélé que ce n’était pas la première fois que Cheikh Fall tentait de la harceler. « Il m’a déjà fait des avances en me caressant. Je l’ai dit à son père, qui ne m’a pas crue », a-t-elle ajouté, soulignant l’isolement dans lequel elle se trouvait face à ces agissements.
Attrait devant la chambre criminelle, Cheikh Fall a fermement nié les faits, livrant une version des événements radicalement différente. Selon lui, Diouma Diouf aurait initié l’acte. « Après son bain, elle a envoyé les enfants à la boutique. Elle a enlevé son pagne et est venue devant moi toute nue. Elle a enlevé mon pantalon en me disant : “Cheikh Fall, laisse-moi voir”. C’est elle qui m’a montré comment on fait », a-t-il déclaré, affirmant être puceau et n’avoir aucune expérience sexuelle. Cheikh Fall a également évoqué une possible rancune de Diouma envers son père. « Diouma a dit qu’elle n’aime pas mon père. C’est la raison pour laquelle elle a agi de la sorte », a-t-il affirmé, suggérant que l’accusation serait une machination orchestrée contre lui.
Sidy Fall, père de l’accusé et époux de la victime, semble avoir été pris au dépourvu par cette affaire. Il reconnaît avoir été alerté par sa femme sur les gestes déplacés de son fils, mais avoue ne pas y avoir prêté foi immédiatement. Ce n’est que lorsque l’accusation de viol a été portée qu’il a réagi, chassant son fils du domicile. Cependant, il n’a jamais réellement coupé les ponts, admettant l’avoir croisé à plusieurs reprises sans échanger un mot avec lui. Il dira : « Un jour, mon épouse est venue se plaindre contre mon fils pour ses agissements déplacés. Je n’y croyais pas », a-t-il déclaré, avouant avoir été tiraillé entre sa confiance en son fils et les accusations de son épouse. « Quelques jours après, elle est venue me retrouver à mon lieu de travail pour me dire que Cheikh l’a attaquée avant de la violer. Depuis ce jour-là, mon fils a pris la fuite. » Cependant, le ministère public a souligné les incohérences entre les versions des deux parties. « On était censé juger une affaire de viol. L’accusé dit avoir pénétré la victime, et cette dernière allègue le contraire », a déclaré le procureur, pointant du doigt les contradictions qui rendent l’établissement de la vérité particulièrement complexe. Le substitut du procureur a choisi de s’en remettre à la sagesse du tribunal, refusant de se fier uniquement aux déclarations des parties. L’avocat de Cheikh Fall, quant à lui, a plaidé l’existence d’un doute raisonnable. « Mon client a toujours dit qu’il est puceau. Selon moi, il est tombé dans un piège ourdi par l’épouse de son père », a-t-il affirmé, demandant l’acquittement en l’absence de preuves tangibles. L’affaire est mise délibéré au 15 avril prochain.
Aïssatou TALL (Actusen.sn)
