En vertu de l’article 48 du règlement intérieur de l’Assemblée nationale, il est institué une commission d’enquête parlementaire composée de onze (11) membres chargés d’édifier l’Assemblée nationale du Sénégal et l’opinion publique sur une affaire une ou une autre. Ainsi, les députés du pouvoir sont visiblement déterminés à mettre la lumière sur les 45 milliards d’armement. Après l’actuel Ministre Abass Fall, au cours de sa mandature entre tant que député dans la 14 ème législature, qui avait tenté sans succès d’en faire la demande, c’est Babacar Ndiaye, élu de Pastef, d’introduire une proposition de résolution en vue de la création d’une commission d’enquête parlementaire relative à cette commande de 45 milliards de francs d’armement. Estimant que le marché comporte des zones d’ombre, l’honorable député demande des explications et appelle l’Assemblée nationale à faire toute la lumière sur cette affaire, signée par l’État du Sénégal à travers son Ministère de l’Environnement en 2022.
Dans son exposé des motifs, il soutient d’entrée qu’il semble opportun de faire la lumière sur ce qu’il a appelé de nébuleux contrat d’armement d’un montant de quarante-cinq milliards francs (45 milliards F) CFA signé entre le Ministère de l’Environnement du Sénégal et un marchand international d’armes, le Nigérien Aboubakar Hima, dit «Petit Boubé». Ledit contrat renferme l’achat d’équipements de combat destinés aux agents des Eaux & Forêts et Parcs nationaux. De fait, pour le parlementaire, la mission de ces soldats de l’écologie, justifie difficilement l’acquisition de cet arsenal de guerre composé de fusils d’assaut, de munitions, de véhicules pick-up, de citernes, de motos, de drones etc. ! Et d’ailleurs, poursuit-il, même dans l’hypothèse où le Ministère de l’Environnement aurait eu besoin d’armes aussi sophistiquées en procédure d’urgence, donc sans appel d’offres, le Ministère des Forces armées n’avait-il pas été mieux indiqué pour passer cette commande sous le sceau du « Secret Défense » ? Car, de son avis, le contrat conclu entre le Ministère de l’Environnement et le marchand d’armes nigérien, Abubakar Hima, dit Petit Boubé, qui a fait l’objet de mandats d’arrêt internationaux de son pays et du Nigeria, est dépourvu de cause.
En termes clairs, analyse M. Ndiaye, il n’a pas sa raison d’être, ajoutant que de l’avis des spécialistes, rien ne peut pour le moment justifier un tel surarmement dudit ministère. D’ailleurs, depuis la signature de ce contrat, les agents des Eaux et Forêts ainsi que ceux des Parcs nationaux ne sont jamais entrés en possession du matériel, objet de la commande, se désole-t-il, faisant noter dans la foulée que, depuis plusieurs années, l’Armée s’est substituée à la Garde forestière dans la lutte contre le trafic illicite de bois et le braconnage en zone Sud.
C’est la raison pour laquelle l’Assemblée nationale devra savoir, aux yeux de Babacar Ndiaye, quel a été l’objet réel de ce contrat ? Il multiple les questions : Comment l’État du Sénégal a pu collaborer avec un homme d’affaires étranger dont le casier judiciaire est lourdement chargé comme en témoignent les mandats d’arrêt internationaux des Etats du Niger et Nigéria à son encontre ? L’État du Sénégal a-t-il réceptionné les armes ? Sachant qu’aucune arme ni la moindre munition n’est jusqu’à présent parvenue aux brigades de l’environnement sur le terrain. D’après des experts, même si l’achat avait eu lieu, le montant n’aurait pas pu dépasser 25 milliards. Donc où sont passés les vingt 20 milliards restants ? Pourquoi une telle commande portant sur l’acquisition d’armes de guerre n’a-t-elle pas été faite par le Ministère des Forces Armées en ce sens qu’il est le seul organe de l’État habileté en la matière ?
Amadou DIA (Actusen.sn)
