Dans un entretien accordé à Source A Tv, Cheikh Oumar Diagne s’est longuement exprimé sur la mort de l’étudiant Abdoulaye Ba à l’Ucad, les responsabilités qu’il impute aux autorités, la question de l’homosexualité, ainsi que les tournées politiques d’Ousmane Sonko et économiques de Bassirou Diomaye Faye. Le président du parti Rassemblement pour la Vérité / And Ci Degg charge le régime en place et appelle à « situer toutes les responsabilités ».
La voix grave et le ton ferme, Cheikh Oumar Diagne n’a pas mâché ses mots. Revenant d’abord sur le décès d’Abdoulaye Ba, étudiant en deuxième année, survenu à l’Université Cheikh Anta Diop (Ucad), il a exprimé « une profonde tristesse » et présenté ses condoléances à la famille du défunt ainsi qu’à toute la communauté universitaire. « Nous prions pour le repos de l’âme d’Abdoulaye Ba. J’ai entendu dire qu’il était l’aîné de sa famille et un soutien pour les siens. Son sort est vraiment triste. Cette mort est à la fois triste et terrible. Ça a surpris tout le monde », a-t-il déclaré.
« Faire entrer les forces de défense à l’Ucad est la cause de la perte en vie humaine »
Pour Cheikh Oumar Diagne, la principale responsabilité incombe aux autorités qui ont autorisé l’intervention des forces de défense et de sécurité à l’intérieur du campus. « Le fait de faire entrer les policiers dans l’enceinte de l’Ucad est la seule raison qui a amené une perte en vie humaine. S’il n’y avait pas eu cette décision, personne n’allait mourir », a-t-il martelé.
« On a vu des blindés, des armes, des contingents importants. Tout cet arsenal, cet argent, aurait pu suffire pour payer la gratuité d’une journée de restauration pour les étudiants »
Il dénonce l’arsenal déployé face à des étudiants qui, selon lui, protestaient contre la fin des journées sans ticket dans les restaurants universitaires. « On a vu des blindés, des armes, des contingents importants. Tout cet arsenal, cet argent, aurait pu suffire pour payer la gratuité d’une journée de restauration pour les étudiants », estime-t-il. Dans la même veine, Cheikh Oumar Diagne parle d’« images indignes d’une institution policière », évoquant des interventions musclées dans les chambres d’étudiants. « Voir des forces entrer dans des chambres pour frapper des étudiants, lancer des grenades lacrymogènes, c’est de la maltraitance. C’est une honte. On pensait avoir dépassé ce genre de scènes », déplore-t-il.
« Les responsabilités sont partagées, mais le chef suprême des armées reste le premier responsable »
S’il reconnaît que « les responsabilités sont partagées », il désigne toutefois, et ce clairement, les plus hauts sommets de l’État. « Le responsable en chef reste le président de la République. C’est lui le chef suprême des armées. Il a juré de faire respecter la loi. Donc il est responsable de tout ce qui se passe dans ce pays », affirme-t-il, sans ambiguïté.
« Il faut situer la responsabilité de chacun. Le ministre de l’Intérieur doit démissionner. Son cas est plus grave »
Dans la même veine, il cite le ministre de l’Intérieur, le Directeur général de la Police nationale, le recteur de l’Ucad et le ministre de l’Enseignement supérieur. « Il faut situer la responsabilité de chacun. Le ministre de l’Intérieur doit démissionner. Son cas est plus grave », tranche-t-il. Il réclame également des poursuites contre les agents impliqués. « Les images sont disponibles. Il faut traquer les policiers qui étaient là-bas. Il faut arrêter l’auteur du crime et celui ou celle qui a donné l’ordre de franchir la porte de l’université. »
« Les images sont disponibles. Il faut traquer les policiers qui étaient là-bas. Il faut arrêter l’auteur du crime et celui ou celle qui a donné l’ordre de franchir la porte de l’Université »
Sur le fond de la crise, Cheikh Oumar Diagne estime que le gouvernement aurait dû privilégier l’apaisement. « Personnellement, je trouve irresponsable de décréter des journées sans ticket. On ne peut pas manger sans payer. Mais l’État devait être plus souple. Dans ces situations, on ne réagit pas sous l’émotion », analyse-t-il. Chiffres à l’appui, il minimise l’impact financier des revendications estudiantines. « La restauration universitaire ne coûte pas plus de 3 milliards à l’État. Ce n’est pas une somme faramineuse. Le manque à gagner d’une journée ne dépasse pas 50 millions. On n’avait pas besoin d’une telle répression pour ça », insiste-t-il.
« La restauration universitaire ne coûte pas plus de 3 milliards à l’État. Ce n’est pas une somme faramineuse. Le manque à gagner d’une journée ne dépasse pas 50 millions. On n’avait pas besoin d’une telle répression pour ça »
Revenant sur la sortie du ministre de l’Intérieur, Cheikh Oumar Diagne se montre sévère. « Même chat, même chien. Rien de nouveau sous le soleil. Les explications ne peuvent en aucun cas légitimer la violence ou la perte d’une vie humaine », dit-il. Il réclame la libération des étudiants arrêtés et estime que le pouvoir cherche à « intimider » le mouvement estudiantin. « Ce gouvernement veut intimider les étudiants. Ils ont tué un innocent. Une personne qui n’a rien demandé », a-t-il ajouté.
Sur l’homosexualité : « Nous combattons un agenda, pas des personnes »
Interrogé sur l’affaire impliquant certaines personnalités citées dans des dossiers liés à l’homosexualité, Cheikh Oumar Diagne dit avoir ressenti « un sentiment de tristesse » face à l’exposition publique de vies privées. « Je ne comprends pas pourquoi des éléments d’enquête se retrouvent sur la place publique. On ne respecte pas le secret de l’enquête. Les autorités doivent sévir », déclare-t-il.
« Le Pastef avait promis de criminaliser l’homosexualité une fois au pouvoir. Presque deux ans après, ils n’ont rien fait. S’il n’y a ni dissuasion ni communication forte, les choses continueront »
Cependant, il réaffirme sa position de principe. « L’homosexualité est un mal pour la société. C’est banni. Nous ne combattons pas des personnes, mais un agenda LGBT qui s’est déroulé dans ce pays, avec des ONG et des campagnes dans les écoles », précise-t-il. Il accuse le parti au pouvoir d’avoir renoncé à ses engagements. « Le Pastef avait promis de criminaliser l’homosexualité une fois au pouvoir. Presque deux ans après, ils n’ont rien fait. S’il n’y a ni dissuasion ni communication forte, les choses continueront. » Cheikh Oumar Diagne annonce que son parti travaille sur une proposition de loi. « Si nous arrivons aux affaires, en une année, nous allons criminaliser cette loi. La loi sur les actes contre nature est obsolète. Il faut la durcir », soutient-il, appelant le peuple à « s’unir » pour exiger des réformes.
Au sujet des tournées économiques du Président de la République et politiques du Premier ministre, Cheikh Oumar Diagne dénonce une « cacophonie au sommet de l’État »
Sur le plan politique, le leader du Rassemblement pour la Vérité évoque « une cacophonie au sommet de l’État » à propos des tournées respectives du Premier ministre Ousmane Sonko et du président Bassirou Diomaye Faye. « Le Premier ministre est dans son rôle de chef de parti. Il a le droit de massifier sa formation. Mais le moment est mal choisi. La case est en train de brûler. Il faut chercher des solutions », lance-t-il.
« Le pays est au 20e sous-sol. L’économie est à terre. Le secteur privé suffoque. Le BTP est à plat. L’agriculture est une catastrophe. Ce gouvernement a confondu souveraineté et responsabilité »
Très critique sur la situation économique, il dresse un tableau sombre. « Le pays est au 20e sous-sol. L’économie est à terre. Le secteur privé suffoque. Le BTP est à plat. L’agriculture est une catastrophe. Ce gouvernement a confondu souveraineté et responsabilité », accuse-t-il. Concernant les déplacements du chef de l’État, il suggère de « changer l’appellation ». « Ce ne sont pas des tournées économiques. Mais c’est une bonne chose qu’il aille voir les citoyens. Je l’encourage à le faire », nuance-t-il.
Thierno Malick Ndiaye (Actusen.sn)
