Brassards rouges au bras et visages fermés, les travailleurs de la Radiodiffusion Télévision Sénégalaise (RTS) ont tenu, hier, un point de presse devant les locaux du média public. Regroupés au sein des syndicats SYNPAP et SYNPICS, ils dénoncent une situation sociale « dramatique », marquée par la baisse des salaires, la suspension d’acquis historiques et une gestion qu’ils jugent opaque et inhumaine.
La colère est sortie des studios pour s’exprimer à ciel ouvert. Pour la première fois de son histoire, la RTS a vu ses agents descendre publiquement dans la rue pour alerter l’opinion nationale. « Nous ne vivons plus, nous survivons. Nous étouffons », ont scandé les syndicalistes, décrivant un profond malaise au sein de l’entreprise publique, jadis présentée comme un fleuron du service public audiovisuel.
Salaires amputés, détresse sociale et rupture du dialogue, les travailleurs de la Rts brisent le silence : La maison mère s’embrase
Selon eux, la RTS est devenue une « prison dorée », où l’on travaille désormais « le cœur meurtri, dans l’angoisse permanente ». Au cœur de la crise, la suspension de l’accord d’entreprise, appliqué depuis plus de vingt ans. Un accord qui, rappellent les travailleurs, aurait dû être renégocié mais qui garantissait jusque-là un minimum de stabilité sociale.
«Nous ne vivons plus, nous survivons. Nous étouffons», regrettent les travailleurs
«Depuis l’avènement du nouveau régime, seuls les travailleurs de la RTS ont vu leur salaire amputé. C’est inédit, injuste et inhumain », a dénoncé Alioune Badara Kane, responsable des revendications du SYNPICS/RTS, sous l’autorisation du secrétaire général Youssouf Kaba. Les syndicalistes rappellent un principe fondamental du droit du travail : un acquis social ne se touche pas, et encore moins le salaire, qu’ils qualifient de « sacré ».
Ils dénoncent une détresse sociale et psychologique
Les conséquences de cette situation sont, selon eux, dramatiques. Endettement bancaire, incapacité à faire face aux charges familiales, suppression de la restauration, difficultés de transport et détresse psychologique grandissante. « Il y a aujourd’hui des travailleurs dépressifs à la RTS. Nous avons besoin de l’intervention d’un psychologue, car ce qui se passe est extrêmement grave », alerte Alioune Badara Kane. Il rappelle qu’un salarié sénégalais fait vivre en moyenne une quinzaine de personnes, rendant toute baisse de revenu socialement explosive.
Gestion contestée et demande d’audit
Les syndicats dénoncent également une gestion qu’ils jugent opaque et réclament l’intervention des corps de contrôle de l’État pour auditer certaines pratiques, notamment autour de l’organisation du Village de la CAN à la place de la Nation. Ils pointent du doigt le manque de dialogue et de concertation de la Direction générale, dirigée par Pape Alé Niang. « Il ne priorise ni l’écoute ni l’humanisme. Il ne salue même pas ses collaborateurs », déplore Mama Moussa Niang, journaliste et coordonnateur du SYNPAP à la RTS.
«Cela fait deux ans qu’on nous demande d’attendre. Pendant ce temps, le directeur général perçoit un salaire de 5,6 millions et voyage, pendant que les travailleurs perdent leur dignité. C’est égoïste et inhumain », accuse M. M. Niang
Plus grave encore, les travailleurs s’indignent de voir les dirigeants maintenir, voire améliorer, leurs conditions salariales pendant que les agents consentent des sacrifices. « Cela fait deux ans qu’on nous demande d’attendre. Pendant ce temps, le directeur général perçoit un salaire de 5,6 millions et voyage, pendant que les travailleurs perdent leur dignité. C’est égoïste et inhumain », accuse Mama Moussa Niang.
Autre fait marquant : le refus de la Direction générale d’autoriser la tenue du point de presse à l’intérieur des locaux de la RTS. L’accès aurait été bloqué par des forces de sécurité, contraignant les syndicats à s’exprimer devant l’enceinte du média public. Un acte vécu comme une tentative de musellement, incompatible, selon eux, avec les valeurs d’un service public de l’information.
«Nous ne quémandons rien, nous réclamons nos droits »
Face à ce qu’ils qualifient de climat délétère, les travailleurs lancent un appel solennel au président de la République, au Premier ministre Ousmane Sonko et au ministre de la Communication. « La RTS n’appartient pas à Pape Alé Niang. C’est un patrimoine national», martèlent-ils.
Ils exigent la levée immédiate de la suspension de l’accord d’entreprise, la restauration de tous les acquis sociaux (avances Tabaski et scolaire, restauration, accords d’entreprise) et une gestion plus humaine et transparente. « Nous ne quémandons rien, nous réclamons nos droits », concluent-ils, rappelant que derrière les sourires à l’antenne se cachent fatigue, souffrance et précarité. Un cri d’alarme qui, désormais, résonne bien au-delà des murs de la RTS.
Actusen.sn
