Sous couvert de modernisation et de révolution numérique, le Président de la République a adressé ce jeudi un message sans ambiguïté aux magistrats. À la rentrée solennelle des Cours et Tribunaux 2026, Bassirou Diomaye Faye a reconnu la défiance populaire envers la justice, tout en annonçant une batterie de réformes technologiques et juridiques. Mais derrière l’e-Justice, les plateformes numériques et le tribunal virtuel, entre autres réformes qu’il a annoncées, c’est une vérité crue qui s’impose : les juges sont désormais sommés d’aller plus vite, de mieux faire et de rendre des comptes.
Face à une justice sous surveillance populaire, critiquée pour ses lenteurs, ses dysfonctionnements et ses failles structurelles, le Président de la République a sorti l’artillerie lourde. À la rentrée solennelle des Cours et Tribunaux 2026, tenue ce jeudi, Bassirou Diomaye Faye a dressé un diagnostic sans fard du système judiciaire et annoncé une série de réformes majeures.
Numérisation intégrale des procédures, tribunal virtuel, e-Justice, signature électronique, cybersécurité, réforme des textes : le chef de l’État veut une justice moderne, rapide et souveraine
Placée sous le thème « Le juge face aux défis du numérique », cette rentrée judiciaire a servi de tribune au Président pour dérouler la nouvelle doctrine gouvernementale en matière de justice. Une doctrine fondée sur la transformation numérique, présentée comme le cœur du projet de société issu du contrat de gouvernance avec le peuple. Dès l’entame de son discours, le Président Diomaye Faye a donné le ton. Devant l’ensemble des corps constitués de la République et les acteurs de la chaîne judiciaire, il a reconnu que le peuple doute, critique et s’interroge sur le fonctionnement de la justice. Une défiance qu’il juge légitime, puisque, a-t-il rappelé, « la justice est rendue au nom du peuple et lui appartient en dernier ressort ». Pour le chef de l’État, refonder la justice n’est plus un choix politique, mais une obligation morale et démocratique, surtout après les sacrifices consentis par les Sénégalais pour accéder à une troisième alternance démocratique. Il s’est voulu clair : “Pas de justice moderne sans digitalisation massive. Pas d’État de droit solide sans une justice rapide, traçable et sécurisée.”
Ainsi, la dématérialisation des procédures, la gestion électronique des dossiers, l’archivage numérique, entre autres outils d’aide à la décision : le juge sénégalais est désormais appelé à évoluer dans un environnement technologique inédit, marqué par l’irruption de l’intelligence artificielle
Même si le Président n’a pas éludé les risques, parlant de cyberattaques, de piratage, d’espionnage, de manipulation des données, de justice prédictive, autant de menaces qui pourraient porter atteinte à l’indépendance, l’impartialité et la dignité du juge, Bassirou Diomaye Faye semble déterminé à conduire ce projet de modernisation du système judiciaire.
Pour le Président, “le numérique doit permettre de juguler ce mal chronique de la justice sénégalaise”
Ainsi, avec la plateforme e-Justice, chaque dossier sera suivi, chaque procédure horodatée, chaque retard identifiable. La plateforme JustAlerte, chargée de détecter les dossiers égarés et les détentions anormalement longues, apparaît comme un garde-fou pour les droits fondamentaux, mais aussi comme un signal clair aux juges : l’ère de l’opacité touche à sa fin. D’ailleurs, à plusieurs reprises, Diomaye Faye est revenu sur la question sensible du temps du procès. “Trop long, trop coûteux, trop imprévisible”, dira-t-il. Pour le Président, le numérique doit permettre de juguler ce mal chronique de la justice sénégalaise. Dématérialisation des procédures, archivage électronique, accès facilité à la jurisprudence, délivrance rapide des décisions : tout est pensé pour réduire les marges d’excuses liées aux lenteurs administratives. Le message est limpide : demain, le retard ne sera plus imputable aux greffes surchargés ou aux dossiers introuvables. Ce n’est pas tout. Puisque la réforme prochaine des textes vise également à introduire l’assignation par voie électronique ; la signature électronique ; les interrogatoires à distance ; le tribunal virtuel. Les marques d’une rupture profonde dans la culture judiciaire. Ainsi, le juge devra désormais arbitrer dans un environnement dématérialisé, sous l’œil des systèmes d’information, avec une pression accrue sur la maîtrise technique, la cybersécurité et la rigueur procédurale.
Diomaye tient à rassurer les juges en ces termes : “le numérique ne portera pas atteinte à l’indépendance du juge”
Toutefois, conscient des crispations possibles, le Président a tenu à rassurer : le numérique ne portera pas atteinte à l’indépendance du juge. Bien au contraire, il en serait le protecteur, selon lui. Mais cette garantie s’accompagne d’une exigence claire : l’indépendance ne saurait être confondue avec l’inaction, ni l’impartialité avec l’inefficacité. En tant que Président du Conseil supérieur de la Magistrature, Diomaye Faye s’est engagé à créer les conditions matérielles, techniques et institutionnelles permettant au juge de statuer correctement. En retour, les résultats sont attendus. Des exemples concrets pour rappeler que “c’est possible”. Les expériences numériques déjà menées à la Cour suprême, aux Tribunaux de Dakar, Pikine-Guédiawaye, Thiès, Kaolack ou encore au Tribunal de Commerce Hors Classe n’ont pas été citées par hasard par le Président de la République.
Actusen.sn
