L’affaire Pape Cheikh Diallo et Djiby Dramé pas livré tous ses secrets. En tout cas, l’enquête menée par la Brigade de Recherches de Keur Massar dépasse le simple cadre judiciaire. Elle met en lumière une situation sanitaire alarmante, marquée par la circulation silencieuse du virus du VIH au sein d’un réseau clandestin de rencontres et de relations dites contre nature. En l’espace de quelques jours, les enquêteurs ont identifié huit porteurs du VIH, révélant les limites de la prévention et les dangers d’une contamination volontaire dans un contexte de dissimulation sociale.
Tout est parti d’un renseignement précis : P. S. Raal Thiam, jeune électricien domicilié à Keur Massar, porteur du VIH tout en continuant à fréquenter activement des cercles de rencontres entre hommes. Interpellé début février, son téléphone — un iPhone 11 — va ouvrir une brèche décisive dans l’enquête. Les enquêteurs découvrent alors plusieurs groupes WhatsApp dédiés à des rencontres discrètes, révélant l’existence d’un réseau bien organisé, avec ses codes, ses contacts et ses habitués. Le premier examen médical, ordonné sur réquisition, confirme l’information : P. S. Raal Thiam est séropositif, suivi depuis juillet 2025 au centre de santé de Keur Massar.
C’est une enquête tentaculaire qui a mis à nu un réseau clandestin de rencontres entre individus de même sexe (hommes), avec en son cœur plusieurs porteurs du VIH
Face aux enquêteurs, le mis en cause reconnaît les faits. Il admet avoir entretenu des relations non protégées avec plusieurs partenaires rencontrés via ces groupes. Il cite des noms. Dont I. Camara, commerçant à Diamniadio. Interpellé à son tour, ce dernier confirme être en couple avec P. S. Raal Thiam. Les analyses sont sans appel : il est également séropositif.
À l’origine du dossier, un renseignement jugé sensible : un individu, P. S. Raal Thiam, suivi médicalement pour le VIH poursuivrait des pratiques à risque, en toute connaissance de son statut
Puis vient A. Diallo, tailleur, lui aussi présenté comme partenaire régulier de P. S. Raal Thiam. S’il affirme ignorer son statut, les tests révéleront qu’il n’est pas porteur du virus. Pour remonter la chaîne, les enquêteurs changent de stratégie. Ils exploitent les contacts existants. Ainsi, M. B. Baldé est attiré par un rendez-vous qui tourne court. Interpellé, il est testé séronégatif. Mais l’effet boule de neige est lancé. M. Baldé devient à son tour un point d’entrée. S. Ba et B. Ka sont identifiés, approchés, puis arrêtés. Le verdict médical est sans ambiguïté. Si S. Ba est séropositif, B. Ka n’est pas porteur du virus. Le trio élargit encore le cercle en impliquant B. Faye, interpellé après un rendez-vous collectif. Les analyses confirment : il est porteur du VIH.
L’exploitation de son téléphone portable révèle l’existence de groupes WhatsApp structurés, servant de plateformes de mise en relation ; des espaces numériques, discrets mais actifs, qui deviennent alors de véritables vecteurs de propagation du virus, échappant à tout dispositif classique de prévention
L’exploitation des téléphones saisis va faire basculer l’enquête dans une autre dimension. Un nom revient : B. Ndiaye, brancardier à l’hôpital pour enfants de Diamniadio. Interpellé et testé, il est séropositif. Son appareil révèle un autre contact, celui de M. Gning, étudiant à Dakar. Ce dernier est arrêté mais séronégatif. Il oriente alors les enquêteurs vers son partenaire, Dj. Dramé, artiste-chanteur établi aux Maristes.
Des contaminations en chaîne : Impliquant des profils insoupçonnés, dont des célébrités, porteurs du virus, le réseau compte, aux dernières nouvelles, huit cas positifs au VIH, issus de milieux sociaux variés dont un commerçant, artiste, agent de banque, brancardier, étudiant, animateur…
L’enquête prend une tournure encore plus sensible lorsque le téléphone de Dj. Dramé mène à D. L. Dieng, agent de banque à Nord-Foire. Interpellé, il reconnaît sa relation avec un animateur de télévision bien connu : C. A. T. Diallo dit Pape Cheikh Diallo. Ce dernier est arrêté dans la foulée. Il reconnaît les faits, déclarant agir par habitude, sans pouvoir s’en détacher. Les deux célébrités subiront le même test. Et ils seront testés positifs.
Les aveux font état de rapports non protégés malgré la connaissance du statut sérologique, exposant volontairement des partenaires à un risque vital
Au terme de cette première phase d’enquête, douze personnes sont en garde à vue, dont huit porteurs du VIH, parmi lesquels P. S. Raal Thiam, Dj. Dramé, P. C. Diallo, identifiés comme des maillons centraux du réseau. Les faits retenus sont lourds : association de malfaiteurs, actes contre nature, transmission volontaire du VIH et mise en danger de la vie d’autrui. Les mis en cause pourraient être déférés ce lundi, alors que l’enquête, ouverte sous le PV n°102 du 04 février 2026, se poursuit.
Amadou DIA (Actusen.sn)
