À l’occasion de l’audience solennelle de rentrée des Cours et Tribunaux, le Premier président de la Cour suprême, Mahamadou Mansour Mbaye, a livré une allocution dense et structurée sur le thème « Le juge face aux défis du numérique ». Entre modernisation de l’outil judiciaire, protection des droits fondamentaux et mise en garde contre les dérives technologiques, le chef de la plus haute juridiction a appelé à une justice moderne, mais fidèle à ses principes.
Réunie en présence du Président de la République, Président du Conseil supérieur de la Magistrature, l’institution judiciaire a officiellement ouvert l’année judiciaire 2026 dans un contexte marqué par l’essor fulgurant du numérique et ses implications sur l’office du juge. Dans son allocution, le Premier président de la Cour suprême, Mahamadou Mansour Mbaye, a souligné le caractère solennel de cette audience, qui constitue à la fois un moment de bilan et de projection. Il a salué l’attachement du Chef de l’État à la justice, tout en exprimant la reconnaissance de la Compagnie judiciaire pour les efforts consentis en faveur du renforcement de l’institution. Dans un contexte de forte intensité du débat public, le Premier président a rappelé que la justice ne saurait se gouverner par l’émotion ou la clameur populaire. « La grandeur de la justice réside dans sa fidélité à la mesure, à l’indépendance et à la permanence des principes », a-t-il affirmé, insistant sur le fait que l’indépendance du magistrat est avant tout une garantie constitutionnelle offerte au justiciable.
“Avec plus de 11 millions d’internautes et une pénétration d’internet dépassant 60 %, le numérique transforme en profondeur la société sénégalaise, mais aussi le fonctionnement des juridictions”, a constaté le Premier Président de la Cour suprême
Replaçant le thème dans la dynamique de la Vision Sénégal 2050, Mahamadou Mansour Mbaye a indiqué que la souveraineté numérique constitue désormais un enjeu stratégique pour l’administration judiciaire. Avec plus de 11 millions d’internautes et une pénétration d’internet dépassant 60 %, le numérique transforme en profondeur la société sénégalaise, mais aussi le fonctionnement des juridictions. Face à cette mutation, le juge est appelé à adapter son office, notamment en interprétant des textes conçus pour un monde analogique afin de les rendre opérants dans l’espace numérique.
L’appel à la vigilance et à la formation de Mahamadou Mansour Mbaye
Le Premier président a mis en exergue plusieurs innovations majeures, notamment le recours aux outils numériques dans le contrôle des parrainages électoraux par le Conseil constitutionnel, qualifié de jalons d’un « constitutionnalisme numérique ». Il a également évoqué les efforts de modernisation de la Cour suprême, avec la mise en place progressive d’un système de dématérialisation des procédures et l’expérimentation de dossiers numériques.
Dans les juridictions du fond, des initiatives similaires sont en cours, à l’image du Tribunal de grande instance de Kaolack ou du Tribunal du commerce, qui permettent désormais aux justiciables de suivre certaines procédures en ligne. L’allocution a également abordé les défis liés à la liberté d’expression sur les réseaux sociaux, à l’anonymat des utilisateurs et à la protection des données personnelles. Le Premier président a souligné le rôle du juge dans le contrôle des décisions administratives restrictives d’accès à internet, afin d’éviter toute atteinte disproportionnée aux libertés publiques. Il a salué l’action de la Commission de protection des données personnelles (CDP), notamment en matière de droit à l’oubli numérique, tout en rappelant la nécessité d’un juste équilibre entre sécurité, ordre public et droits fondamentaux.
Intelligence artificielle : un outil, pas un juge
S’agissant de l’intelligence artificielle, Mahamadou Mansour Mbaye a appelé à une approche prudente et maîtrisée. Si l’IA peut assister le juge et améliorer l’efficacité des procédures, elle ne saurait se substituer au raisonnement humain. « Le juge ne doit pas avoir peur de l’outil numérique, mais doit en rester le maître », a-t-il prévenu. Dans la même veine, le Premier président a mis en garde contre une numérisation excessive qui ferait perdre à la justice sa mémoire et fragiliserait ses fondements. Il a plaidé pour un investissement accru dans la formation continue des magistrats et du personnel judiciaire, ainsi que pour le renforcement de la sécurité des systèmes d’information. Face aux défis du numérique, l’institution judiciaire est appelée à jouer un rôle de « pare-feu », afin de préserver l’État de droit et la confiance des citoyens. Une exigence, selon lui, pour que la justice sénégalaise demeure un repère stable et crédible pour la République.
Actusen.sn
