(Dossier sur la transfusion sanguine) Les mille et une interrogations sur la gratuité ou la vente des poches de sang

Le Sénégal est l’un des pays les plus dépourvus en poches de sang. Si, selon le Rapport de l’Organisation mondiale de la Santé, il faut 10 donneurs pour 1000 habitants, hélas, au pays du Président Macky Sall, l’on est loin de la moyenne standard.

En effet, sur une population de 14 millions d’habitants, notre pays ne compte que 60 000 poches de sang disponibles, soit 6 donneurs pour 1000 habitants. Alors que le pays a besoin de 140 000 en moyenne. Un gap énorme.

Dans ce contexte surréaliste, les avis s’entrechoquent autour de la vente ou la gratuité du liquide rougeâtre, dans nos structures sanitaires. Et, pour en savoir plus, Actusen.com a mené pour vous son enquête et donné la parole aux populations, ainsi qu’aux acteurs du Centre national de transfusion sanguine du Sénégal (Cnts). Enquête !

Alors ministre de la Santé et de l’Action sociale en 2009, Dr Safiétou Thiam déclarait que des poches de sang étaient vendues au Centre national de transfusion sanguine (Cnts). Une sortie médiatique qui avait provoqué indignation et grincements de dents. Huit ans plus tard, au Cnts, la pilule est encore très amère à avaler.

Et en ce mois de «Octobre Rose» consacré à la lutte contre le cancer du sein, Actusen.com a fait une immersion au Centre national de Transfusion sanguine. Niché en plein cœur du quartier Fann, non loin de l’hôpital éponyme, sur l’Avenue Cheikh Anta Diop, le Cnts est ce grand «inconnu» du système sanitaire du Sénégalais lambda. Pourtant, son rôle est immense pour la population.

Vente de poches de sang au Sénégal : une réalité, selon Dr Safiétou Thiam, ancienne ministre sous Me Wade

Après plusieurs jours de tentatives d’entrer en contact avec les responsables du Centre national de transfusion sanguine, Actusen.com tombe, enfin, sur Dr Guèye, Chef du Service-sang. En dépit de son agenda chargé, l’homme de l’art prît, tout de même, quelques minutes de son précieux temps pour se prêter au jeu de questions-réponses.

Mieux, pour convaincre les plus sceptiques et répondre à l’ancienne ministre de la Santé, Dr Guèye lance tout de go : «le sang ne doit pas être vendu au patient, en cas de besoin. La transfusion est un acte médical gratuit», renseigne-t-il”.

En effet, dit-il, cette question est prise en charge par la Politique nationale de transfusion sanguine, qui dispose «qu’afin d’assurer un meilleur financement des activités de transfusion, un prix de cession des produits sanguins a été instauré.

Ces prix de cession sont facturés aux services hospitaliers utilisateurs, mais le Ministère de la Santé et de l’Action sociale a pris l’engagement de les payer à la place des hôpitaux pour mieux assurer l’accessibilité des produits sanguins. La poche de sang reste, dans tous les cas, gratuite pour les patients”.

 Dr Guèye, Chef du Service-sang : «la poche de sang est facturée à 7 500 F Cfa dans les structures sanitaires… »

Dans l’imagerie populaire, si la poche de sang demeure gratuite, la vérité est plus prosaïque, en dehors des hôpitaux publics. Cette disposition ne s’applique pas aux structures sanitaires privées. Et à la question de savoir pourquoi les raisons de cette mesure, Dr Guèye répond péremptoire : “parce qu’elles sont privées et que les patients paient tous les soins. Elles ne sont pas prises en charge par l’Etat. La gratuité ne s’applique qu’aux structures publiques”.

D’ailleurs, affirme-t-il, “la poche est facturée à 7500 Cfa aux Cliniques et aux autres structures privées”. Plus de doute, alors, désormais. Mais cette «vente» des poches de sang aux structures sanitaires privées de la place n’est pas payable du coup.

D’après Dr Gueye, c’est au bout de 6 mois maximum, après livraison, que la somme est versée au Cnts. Toute équivoque levée, la blouse blanche prend, au mot, la ministre de la Santé sous Wade, Safiétou Thiam. «La vente de poches de sang constitue un délit”, a-t-il soutenu avec force conviction.

 «La vente de poches de sang constitue un délit»

Mais si la transfusion est un acte médical gratuit, comme le dit si bien Dr Guèye, il n’en demeure pas moins que le nombre de donneurs de sang, au Sénégal, se compte du bout des doigts de la main. La preuve, sur une population estimée à 14 millions d’habitants, seules 60 000 poches sont disponibles, soit 6 donneurs pour 1000 habitants. Loin de la norme standard de l’Organisation mondiale de la Santé (Oms). Laquelle voudrait, selon son dernier rapport, 10 donneurs pour une population de 1000 habitants.

«Sur une population estimée à 14 millions d’habitants, seules 60 000 poches sont disponibles, soit 6 donneurs pour 1000 habitants»

Poussant son enquête, Actusen.com se rend compte que Dr Safiétou Thiam n’a pas tout à fait tort. Contrairement aux assurances de Dr Guèye. En effet, Mouhamadou Moustapha, un donneur de sang, depuis quelques années, raconte une scène «surréaliste».

“Pendant longtemps, j’ai été un donneur régulier. J’avais l’habitude de donner de mon sang, car, pour moi, c’est un geste noble. J’étais plus animé par un désir d’aider mon prochain et je me disais, à chaque fois, qu’un jour, je pourrais me retrouver dans une situation, où il me faudrait une transfusion. Ça peut-être moi ou un membre de ma famille. On ne sait jamais”, narre-t-il.

Pendant longtemps Mouhamadou Moustapha a été un donneur régulier, jusqu’au jour où une infirmière se présenta à lui et proposa l’achat d’une poche de sang pour la transfusion

L’acte volontaire et désintéressé de Mouhamadou Moustapha connaît un coup de frein, quand il apprend que les poches de sang destinées aux malades en manque du liquide vital, étaient revendues. «J’ai dû, du jour au lendemain, arrêter de donner du sang», témoigne-t-il.

Et comme si son «découragement» était total, la tante d’un de ses amis, avec qui il partait pourtant pour les séances de don sang, est tombée malade. La transfusion était l’ultime solution pour celle-ci, car elle manquait de sang. Le comble, «aucun de nous n’avait un sang compatible avec le sien».

Toutefois, Mouhamadou Moustapha n’avait pas encore fini de cogiter ce qui se passait, qu’une infirmière se présenta à eux et proposa l’achat d’une poche de sang pour la transfusion.

«Le frère de la patiente finit par payer pour sauver la vie à cette dernière», confie notre interlocuteur. Qui, depuis ce fameux jour, décida, de ne «plus donner de son sang» sous prétexte qu’il serait revendu.

Le sang, élément vital pour la survie de l’être humain ou animal, est une denrée rare au Sénégal. A cause des accidents graves, des accouchements nécessitant une intervention chirurgicale ou des hémorragies interne et externe, plusieurs personnes sont confrontées à la transfusion. En dépit donc, des avancées significatives dans la santé, le Sénégal est à la traîne dans ce domaine.

Enquête réalisée par Ndèye Aminata DIAHAM (Actusen.com)

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