Présidentielle 2017: comment les Allemands perçoivent la campagne

Premier partenaire de la France en Europe, l’Allemagne suit de près la campagne pour le premier tour de l’élection présidentielle qui se tiendra ce dimanche 23 avril. Focus sur la perception qu’ont les Allemands de ce moment-clé de la vie politique française.

De notre correspondant à Berlin,

L’intérêt des Allemands est énorme. Et il dépasse de loin la sphère politico-médiatique. Impossible de mettre depuis des semaines le nez dehors pour un Français installé en Allemagne sans être immédiatement interrogé, avant même de parler de la météo, sur le fait de savoir si Marine Le Pen va gagner les élections. Sur la durée, on répète à peu près le même argumentaire plus ou moins convaincant.

L’Allemagne a peur, pourrait-on caricaturer, peur après le Brexit et Trump, deux événements qui ont déjoué les sondages de se réveiller le 8 mai au matin avec la gueule de bois. On craint déjà ici de perdre son principal allié et de voir l’Europe 60 ans après le traité de Rome au bord du gouffre.

La couverture médiatique est donc très importante. Marine Le Pen, danger numéro un pour les Allemands, a fait l’objet de nombreux articles, mais aussi un des favoris peu connu jusqu’à il y a peu, Emmanuel Macron, et dans la dernière ligne on s’est intéressé un peu plus à Jean-Luc Mélenchon après sa percée notable dans les sondages.

L’Allemagne présente dans le débat français

Les déclarations des différents candidats ou leurs déplacements en Allemagne ont suscité un écho sur place. L’Allemagne est souvent présente dans le débat politique français comme le contre exemple par excellence pour d’aucuns (voir les réformes sociales du chancelier Schröder accusées d’avoir développé la précarité) ou comme le modèle à importer qu’il s’agisse de l’apprentissage des jeunes ou du dialogue social.

Les attaques de Marine Le Pen contre l’Allemagne et plus spécialement Angela Merkel et sa politique migratoire n’ont pas vraiment surpris. En revanche, les accents critiques voire germanophobes d’autres candidats ont été notés notamment chez Jean-Luc Mélenchon. On y voit ici un signe de plus du décrochage de la France par rapport à l’Allemagne qui handicape une relation équilibrée entre les deux pays.

Les déplacements de certains candidats à Berlin ont été remarqués. Cela vaut surtout pour Emmanuel Macron qui s’est déplacé deux fois dans la capitale allemande en janvier et en mars. Il y a tenu un discours sur l’Europe, rencontré des partisans et la chancelière. Cette dernière avait rencontré le candidat de sa famille politique en janvier, François Fillon, et en mars c’est Benoît Hamon pour le Parti socialiste qui a rencontré Angela Merkel avant d’obtenir le soutien du nouveau président du Parti social-démocrate et candidat à la chancellerie Martin Schulz.

Les médias soutiennent Macron

La plupart des médias allemands, comme sans doute une bonne partie de la classe politique, sauf le parti de la gauche radicale Die Linke, roulent plutôt pour Emmanuel Macron. Le candidat d’En Marche! est considéré comme le meilleur rempart face à Marine Le Pen, et ses positions pro-européennes et moins frontales à l’égard de l’Allemagne séduisent. Même des conservateurs subissent aux charmes d’Emmanuel Macron.

Récemment, le ministre des Finances chrétien-démocrate Wolfgang Schäuble affirmait qu’il voterait sans doute Macron s’il était Français, ignorant ainsi la traditionnelle solidarité partisane qui voudrait qu’il soutienne au moins officiellement François Fillon. Et chez les sociaux-démocrates, la prise de position de Martin Schulz pour Benoît Hamon relève plutôt de la Realpolitik.

Le SPD est plutôt proche d’Emmanuel Macron et le soutien que ce dernier a obtenu du ministre des Affaires étrangères Sigmar Gabriel est sans doute plus représentatif. Les élites intellectuelles ont aussi une inclination pour Emmanuel Macron. Le philosophe Jürgen Habermas qui avait discuté avec le candidat et Sigmar Gabriel à Berlin réitère aujourd’hui dans le quotidien Le Monde avec d’autres intellectuels allemands son soutien à Emmanuel Macron.

Rfi

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