Dans son message à l’occasion de la cérémonie officielle du Gamou de Tivaouane, lu et transmis par Serigne Pape Makhtar Kébé, le Khalife général des Tidianes, Serigne Babacar Sy Mansour, a placé son discours sous le signe de la paix, de la sacralité des dépôts et de l’unité. S’appuyant sur les enseignements du Prophète Muhammad (PSL), il a appelé à la concorde dans les familles, au travail, dans la société et entre les acteurs du pouvoir temporel et spirituel.
Après les salutations protocolaires et les louanges adressées à Allah ainsi qu’au Prophète Muhammad (PSL), Serigne Babacar Sy Mansour a rappelé la portée spirituelle du Mawlid, célébration de la naissance du Prophète. « En ce jour béni, le cours de l’histoire a été réorienté. C’est en lui que s’est levée la Lumière divine qui a dissipé les ténèbres de l’égarement, et que s’est manifesté Celui qui fut envoyé pour parachever les nobles vertus », dira-t-il d’emblée. Pour le Khalife général des Tidianes, la célébration du Mawlid doit surtout être comprise comme une invitation à s’inspirer de la vie et de la conduite du Prophète. « Dès lors, il devient évident que la célébration la plus authentique et la plus méritoire ne réside pas dans l’apparat, mais dans l’imitation. Elle consiste à faire vivre sa Sunna et à nous abreuver à la source pure de sa noble conduite », a-t-il souligné. D’ailleurs, le message du Khalife s’articule autour de trois axes fondamentaux : « Ensemencer la paix dans tous les cercles de la vie », « la sacralité des dépôts » et « l’unité ».
« Face aux tensions internes et à la logique d’escalade, il faut privilégier la voie du dialogue et la concertation, en scellant un pacte national fédérateur »
Sur le premier axe, Serigne Babacar Sy Mansour a présenté l’islam comme « la religion de la paix par essence ». Il a notamment évoqué l’exemple du traité de Houdaybiyya, qu’il considère comme une illustration de la sagesse diplomatique du Prophète Muhammad (PSL). « Le traité de Houdaybiyya ne fut en rien une capitulation, mais une école de diplomatie élevée et de clairvoyance prophétique. Le Prophète Muhammad (PSL) fit passer l’intérêt supérieur au-dessus des considérations formelles, et fit montre d’une patience stratégique dont la moisson fut la conquête de La Mecque », a-t-il rappelé. Interrogeant l’actualité de cet enseignement, il a invité à privilégier le dialogue et la concertation. « Face aux tensions internes et à la logique d’escalade, il faut privilégier la voie du dialogue et la concertation, en scellant un pacte national fédérateur », a-t-il indiqué.
« La paix familiale : le foyer, premier sanctuaire de la paix »
À l’égard des pays voisins, il préconise également « les traités de coopération et de bon voisinage, afin d’assurer la sécurité et la quiétude de nos frontières et de nous vouer pleinement à l’œuvre d’édification ». S’adressant aux guides religieux et aux acteurs du pouvoir spirituel, il estime que leur mission consiste à « raccommoder le tissu social déchiré, de dépasser les divergences pour faire front commun aux défis majeurs ». Il les invite également à « enraciner la conscience citoyenne et à bannir tout discours de division, de discorde et de haine ».
La paix, selon le Khalife, doit également commencer dans le foyer. « La paix familiale : le foyer, premier sanctuaire de la paix », a-t-il souligné, estimant que « la bienveillance conjugale, l’équité entre les enfants et la préservation des liens de sang constituent le fondement même de la paix sociale ».
« L’islam est une religion de labeur. Et le travail anoblit l’âme, préserve la dignité de l’homme et constitue le socle sur lequel s’élèvent les nations »
Dans son message, Serigne Babacar Sy Mansour a également consacré un volet important à la paix dans le monde du travail. « Le travail est le creuset de la paix sociale et économique », a-t-il affirmé, avant d’insister sur « la sacralisation du temps et la recherche de l’excellence ». Pour lui, « le travail cesse d’être une simple contrainte matérielle pour devenir une adoration élevée, dès lors qu’il est habité par la conscience, la rigueur et la perfection ». « L’islam est une religion de labeur. Et le travail anoblit l’âme, préserve la dignité de l’homme et constitue le socle sur lequel s’élèvent les nations », a-t-il poursuivi. Il a appelé à enseigner aux enfants « la noblesse de l’effort » et à leur apprendre « que la main qui travaille est une main aimée par Allah ».
Le Khalife a également insisté sur la nécessité de clarifier les relations contractuelles entre employeurs et travailleurs. « La clarté contractuelle est une manifestation du respect de la dignité humaine, et partant, le fondement de toute paix durable », dira-t-il.
Le deuxième axe du message porte sur les « Amânât », c’est-à-dire les dépôts et responsabilités confiés à chacun. Dans la même veine, Serigne Babacar Sy Mansour a rappelé que le Prophète Muhammad (PSL) était connu comme « As-Sâdiq Al-Amîn », le Véridique et le Digne de confiance. Pour lui, l’authenticité dans la parole et la loyauté dans l’acte doivent demeurer des principes fondamentaux. Cette notion de dépôt, a-t-il expliqué, concerne notamment « le dépôt de la patrie », « le dépôt de la responsabilité » et « le dépôt du bien public ». « Le dépôt de la patrie : c’est le devoir de la défendre, de se soumettre à ses lois et d’extirper du cœur toute graine de discorde et de division. Aimer sa patrie fait partie de la foi et la préserver est un acte d’adoration », a-t-il ajouté.
« Chacun est un berger et chaque berger sera interrogé sur son troupeau »
Concernant les responsabilités publiques, il a rappelé que toute personne à qui une charge est confiée doit en répondre. « Chacun est un berger et chaque berger sera interrogé sur son troupeau », a-t-il insisté. Le Khalife a, par ailleurs, élevé la préservation des biens publics au rang d’obligation. « Le bien public est un bien inviolable et sacré, sanctifié par le droit de toute la communauté du premier au dernier », a-t-il affirmé. Et d’ajouter : « Celui qui détourne ne vole pas seulement de l’argent, il vole un hôpital, une école, une route, un marché et l’avenir de toute une nation. »
« L’unité n’est pas une option »
Le troisième axe développé par Serigne Babacar Sy Mansour est consacré à l’unité. « La mission du Prophète (PSL) est celle d’une suture après la déchirure. Allah l’a décrétée comme loi permanente : l’unité n’est pas une option, c’est l’âme même de la Oumma », a-t-il déclaré. Cette unité, poursuit-il, doit d’abord commencer au sein de la famille. « La famille est la première institution. C’est là que se forge la conscience », a-t-il souligné. Il a ensuite appelé à l’unité des croyants, rappelant que « nous formons un seul corps, une seule entité spirituelle ». « Les divisions qui ensanglantent aujourd’hui notre Oumma ne sont que le symptôme de l’oubli de cette vérité. Notre force est dans notre unité et notre faiblesse est dans notre dispersion », a-t-il averti.
Ce n’est pas tout. Le Khalife a évoqué l’unité nationale, en faisant référence à la Constitution de Médine, présentée comme « le premier pacte civil de l’histoire où les différences ne brisent pas le lien ». À cet égard, il a appelé les Sénégalais à renoncer à « l’oisiveté, l’adversité et la polémique stérile », mais aussi à éviter de « souiller l’espace public et les réseaux sociaux par l’invective, la calomnie et la diffamation ». « Cela ronge le tissu social, hypothèque la productivité, bloque l’essor et retarde finalement la marche de notre pays. Une patrie ne se bâtit pas dans les commentaires. Elle se bâtit par l’effort, le travail et la coopération de ses citoyens », a-t-il martelé.
Actusen.sn
