Politiques économiques de Feu Senghor à Macky, retombées attendues du pétrole et du gaz, les impôts et domaines, ‘’le plus grand scandale de l’Administration’’… L’Economiste Abou Wellé casse tout

C’est avec le sentiment d’une gueule de bois indicible que l’Economiste Abou Wellé, responsable dans une grande Banque de la place, a disserté avec ‘’Source A’’ sur les questions brûlantes de l’heure. En passant à la loupe les politiques des différents régimes qui se sont succédé à la tête du Sénégal, depuis notre indépendance, l’éonomiste se veut formel.

‘’On est toujours dans le cadre de la médisance, tel a volé, tel a fait telle chose, mais on ne parle pas des fondamentaux de l’économie sénégalaise. De Senghor à Macky Sall, ils ne parlent que de politiques, jusqu’à accéder au pouvoir et on se rend compte qu’ils n’ont aucun programme, aucune solution’’.

Ne lui parlez surtout pas des retombées futures du pétrole et du gaz découverts au Sénégal. Car sa réponse tombe sèche : ‘’on dit que les ressources, que nous attendons, vont tourner autour de 800 milliards, par an, je dis que c’est le coût de la dette. Cet argent servira à payer la dette du Sénégal. Les gens seront extrêmement déçus’’, prédit-il.

D’ailleurs, fait-il noter, ‘’j’ai bien peur que, tôt ou tard, toute la Nation  sénégalaise ne se mette, comme dans les pays maghrébins, à demander que ce système disparaisse, une bonne  fois, pour toutes’’.

Et, lorsque le député Ousmane Sonko accuse l’Assemblée nationale de n’être pas propre dans le paiement de ses impôts, Abou Wellé le coupe net en ces termes : ‘’il n’y a pas que l’Assemblée nationale, seulement. Parlons de là où il est sorti, les Impôts et Domaines. C’est le plus grand scandale de l’Administration du Sénégal. Je ne peux pas accorder du crédit à des gens qui sont sortis des Impôts et Domaines. A chaque fois qu’ils ont des lotissements, ils ont des terrains. Qu’ils reçoivent des terrains, qu’ils les vendent, ils s’enrichissent sur les Sénégalais’’. ENTRETIEN !!! 

‘’Source A’’ : Le dialogue national est lancé, depuis Avril dernier, vous attendez-vous à ce que les questions économiques y soient discutées ?

Abou Wellé : Ce que nous avons constaté, c’est qu’il y a jurisprudence, au Sénégal. A chaque fois qu’on parle de dialogue national, cela devient un dialogue politique. On parle de politique, on parle, surtout, des conditions de l’alternance, comment faciliter l’accès au pouvoir aux opposants, au lieu de parler des problèmes véritables qui intéressent le Sénégalais.

C’est des cadres de concertation de politique politicienne. On ne voit aucun impact économique, ils ne parlent presque jamais de l’intérêt du Sénégal. Aujourd’hui, on nous parle de pétrole, parce que c’est nouveau que l’opposition se saisisse du domaine national, pour en parler, mais l’opposition ne parle pas de la location, de la cherté de la vie, elle ne parle pas de ce chômage, elle n’arrive jamais avec des solutions, elle ne fait que critiquer. C’est comme des naturalistes, qui décrivent ce que tout le monde voit. Je ne crois pas que c’est cela l’opposition. L’opposition, c’est venir avec des idées. 

‘’Source A’’ : Et Ousmane Sonko ? Est ce que vous le mettrez dans le lot, parce qu’il prône un changement de système ?

A.W : Ousmane Sonko, je pense que c’est un politicien, comme les politiques politiciens. J’ai entendu une phrase qu’il a utilisée, tantôt lorsqu’un journaliste lui a demandé des solutions face aux problèmes. Il lui a répondu, ‘je n’aime pas que les autres le fassent, ça m’appartient’’. Mais cette phrase, il l’a prise de Me Abdoulaye Wade, c’est lui, qui  disait on ne fait pas de la politique, en glanant des idées ça-et-là. C’est, d’ailleurs, l’une des raisons fondamentales, qui m’a poussé à quitter le pays. J’étais très jeune, mais j’ai compris qu’on avait à faire à un politicien et non à un patriote.

La politique est devenue un raccourci pour s’enrichir, la crédibilité manque au niveau des politiciens. J’ai bien peur que, tôt ou tard, toute la Nation  sénégalaise ne se mette, comme dans les pays maghrébins, à demander que ce système disparaisse, une bonne  fois, pour toutes, qu’il y ait un renouvellement intégral du personnel politique.

 ‘’Source A’’ : Mais c’est ce que prône Ousmane Sonko, justement

A.W : Qu’est ce qu’il prône ? On s’attend à des solutions, à des propositions, mais pas à des déclarations d’intentions. On s’attend à des solutions complètes. Je n’ai pas encore vu un programme politique valable et bien porté par un seul candidat. On est toujours dans le cadre de la médisance, tel a volé, tel a fait telle chose, mais on ne parle pas des fondamentaux de l’économie sénégalaise, on ne nous propose pas de solutions adéquates.

C’est comme ça, c’est ce que tous les politiciens ont fait, de Senghor à Macky Sall, ils ne parlent que de politiques, jusqu’à accéder au pouvoir et on se rend compte qu’ils n’ont aucun programme, aucune solution. On nous parle de pétrole et autres, mais on n’a pas vu de programme particulier, de véritable programme politique. Ce que je vois, c’est de la politique. Il y a un système, qui était là, je l’appelle un scandale politico-social-coutumier qui a régi le destin des Sénégalais, depuis l’indépendance. C’est Abdoulaye Wade qui a clochardisé les Institutions du Sénégal, c’est le premier à avoir fait agenouiller le Sénégal devant un homme saint. 

‘’Source A’’ : Mais vous avez soulevé la question du pétrole, tout à l’heure, croyez-vous que le Sénégal connaîtra, bientôt, le développement, avec la découverte de cette ressource ? 

A.W : On dit que les ressources, que nous attendons, vont tourner autour de 800 milliards, par an, je dis que c’est le coût de la dette. Cet argent servira à payer la dette du Sénégal. Les gens seront extrêmement déçus parce que, avec le genre de concession, le genre d’agrément, avec la méthodologie, on ne profitera pas comme on devait le faire de cette manne financière. On voit l’or du Sabadola, c’est combien de tonne d’or qui soirt de Kédougou alors que les gens de Kédougou meurent de faim, il n’y a rien à Kédougou.
Au Tchad, on a  commencé à exploiter le pétrole depuis quand, les gens n’ont rien, ils vivent sous le seuil de la pauvreté, ils sont plus pauvres que les Sénégalais. C’est entre 800 et mille milliards qu’on attend par an qui représentent le coût de la dette, qui équivaut aux masses salariales payées, chaque année. 

‘’Source A’’ : Donc, vous voulez dire que le Sénégal n’est pas encore près du bout du tunnel du développement ?

 A.W : Comment ? Ce sera la plus grande déception des Sénégalais.

 ‘’Source A’’ : Selon vous, quelle devait être la politique de l’Etat pour un peu soulager les Sénégalais ?

 A.W : Se concentrer sur l’essentiel. Les génies des pays de l’Europe de l’Est, au temps du communisme, avaient construit, à n’en plus finir des logements sociaux, pour que chaque citoyen ait, au moins, son toit. Deuxièmement, créer des emplois, partout, et fixer les gens dans leur terroir, avec une décentralisation solide, créer un cadre qui puisse garantir un revenu minimal et acceptable pour chaque citoyen. Mais on n’a pas tout ça. Des indépendances à nos jours, la Sn Hlm et la Sicap n’ont construit que 120 000 logements.

120 000 logements, quand on a 4 millions de ménages au Sénégal, cela veut dire qu’ils n’ont rien. Promenez-vous, tout ce que vous voyez au Sénégal, appartient à un privé. Les réalisations de l’Etat, c’est des pistes par-ci et des routes par-là, ce n’est  rien du tout.
Le problème de l’eau, la question de l’électricité, de la nutrition, de la téléphonie sont des problèmes fondamentaux, rien ne nous appartient, on n’a absolument rien. Enfin, il faut protéger le pouvoir d’achat des consommateurs.
Aujourd’hui, on a l’habitude d’entendre ‘’l’argent n’a plus de valeur’’. Ce n’est pas vrai, c’est la même monnaie qui se monnaie au même taux parisien. Ce qui s’est passé, c’est le vol systématique des citoyens à travers une politique qui est plus que criminelle.

Regardez ce qui ce passe dans le logement ; comment au Sénégal, on peut voit un appartement qui peut coûter 150 000 F Cfa par mois, c’est inconcevable quand le salaire est 100 000 ou 150000 F Cfa. On laisse faire dans ce domaine, on laisse faire aussi dans le domaine de l’alimentation, tout est surfacturé.

Finalement, le consommateur n’a plus de pouvoir d’achat. Les inégalités politiques dans la société doivent, aussi, être résolues. Quand on nous dit que 5% des travailleurs se partagent 50% de la masse salariale, c’est inadmissible. Dans les pays développés, la différence entre directeur et le plus petit des employés ne peut pas dépasser 13%, tu peux toucher 13 fois plus, mais pas plus. 

‘’Source A’’ : Donc, ce n’est pas comme le Sénégal, où la différence de salaire est…

A.W : Le directeur général touche 15 millions F Cfa, alors que le gardien a 50 000 francs, c’est criminel, c’est du vol. Je pense qu’il y a énormément de problèmes sur lesquels les politiciens devaient se focaliser, au lieu de nous parler, tout le temps, de fichier électoral. On dirait que le programme de l’opposition, c’est un programme de fichier électoral, le recensement ou encore l’audit du fichier. 

‘’Source A’’ : L’actualité, c’est aussi la sortie de Sonko qui a dit que les députés ne versent que 1500 F Cfa comme impôt ?

A.W : Ce n’est pas normal, ça participe encore dans cette logique d’enrichissement de la classe politique, au détriment de la population. Mais il n’y a pas que l’Assemblée nationale, seulement. Parlons de là où il est sorti, les Impôts et DomainesC’est le plus grand scandale de l’Administration du Sénégal. Je ne peux pas accorder du crédit à des gens qui sont sortis des Impôts et Domaines.

A chaque fois qu’ils ont des lotissements, ils ont des terrains. Qu’ils reçoivent des terrains, qu’ils les vendent, ils s’enrichissent sur les Sénégalais. Depuis l’indépendance, il y a des mécanismes, qui sont mis en place, pour favoriser l’élite, pour lui permettre de s’exempter de beaucoup de taxes.
Même l’allocation familiale est donnée aux enfants des fonctionnaires, l’enfant du paysan n’en a pas droit. Ce n’est pas possible, tous les avantages qu’ils bénéficient. Ce n’est pas normal, ils sont presque logés, nourris et blanchis dans un pays, où les gens souffrent.

Quand on nous dit que le président de la République touche 600 000, c’est ça son salaire, on est dans un grand théâtre. Abdoulaye Wade avait dit qu’il touchait 600 000 F Cfa, mais à côté, il avait plusieurs milliards en fonds spéciaux. Ces fonds spéciaux n’existent nulle part dans le monde. On parle de politique appliquée à l’économie, c’est pourquoi la politique doit être vertueuse, parce que c’est le socle, sur lequel repose toute l’économie.

‘’Source A’’ : Mais, d’après les Services de l’Etat, le taux de croissance du Sénégal est de 6, 8%.

A.W : Je suis la première personne à avoir parlé de la fausseté du taux de croissance, en 2016. Je défie tous les économistes du Sénégal. Cela n’a jamais existé. En Bolivie, par exemple, depuis 10 ans, le taux de croissance est de 4% et là-bas, les gens ont réduit leur taux de pauvreté et ils ont entamé des chantiers faramineux. Ici, on dit du n’importe quoi.

Propos recueillis par Seynabou FALL (SourceA)

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