À l’occasion des Questions d’actualités au Gouvernement, l’honorable Mbaye Dione a interpellé, hier, le Premier ministre sur la stratégie de financement de l’État face à une dette publique estimée à 132% du PIB et à d’importantes échéances à court terme. Le député non inscrit de la XVe législature a dressé un tableau préoccupant des finances publiques, tout en saluant le refus du gouvernement d’opter pour une restructuration de la dette.
L’hémicycle a été le théâtre d’une interpellation musclée hier à l’occasion de la séance des questions d’actualité au gouvernement. Prenant la parole devant le président de l’Assemblée nationale et les membres du gouvernement, le député Mbaye Dione a posé une question centrale : comment l’État compte-t-il financer ses dépenses prioritaires dans un contexte de fortes contraintes financières et d’accès limité aux marchés internationaux ?
Dette publique : Mbaye Dione presse le gouvernement
D’emblée, l’élu a rappelé que la dette publique du Sénégal aurait atteint 132% du PIB, plongeant le pays dans une instabilité macroéconomique persistante. Si le FMI et plusieurs experts préconisent une restructuration de la dette comme solution de sortie de crise, Mbaye Dione a salué le choix « souverain » du gouvernement de ne pas s’y engager.
« La restructuration n’est pas la meilleure solution », a-t-il soutenu, assimilant cette option à la renégociation d’un crédit bancaire pour un client en difficulté. Mais derrière cette position de principe, le député a brandi des chiffres qui interrogent. Il a évoqué les 747 milliards de francs CFA d’Eurobonds à payer avant la fin du mois de mars 2026, demandant explicitement au Premier ministre par quelles ressources l’État compte honorer ses échéances.
Campagne agricole : les exigences du patron de l’AFP
Dans la foulée, Mbaye Dione a également soulevé la question du financement de la campagne agricole, rappelant l’objectif de 450 000 tonnes d’arachides fixé à la SONACOS et aux opérateurs privés. Il a exigé que le gouvernement communique le volume réel de collecte enregistré, notamment après la visite du chef du gouvernement dans les loumas de Ndiebel et Ndiaffate, dans la région de Kaolack.
BTP, immobilier, presse : les secteurs asphyxiés selon le député Dione
Le parlementaire a ensuite dressé un inventaire des tensions liées à la dette intérieure : arrêt de plusieurs chantiers dans le BTP (routes, universités, maisons de la jeunesse) ; arriérés de loyers dus par l’État à des bailleurs, parfois sur plus de 36 mois ; passif social non soldé d’entreprises liquidées comme la Sotrac, la Ama Sénégal ou encore les Chemins de fer du Sénégal ; retards de paiement à la presse sénégalaise. À cela s’ajoute, selon lui, la situation du secteur bancaire, confronté au rééchelonnement et à la titrisation des encours de crédits de l’État, avec pour conséquence un manque de liquidités.
2 803,9 milliards d’investissements à financer
Autre point soulevé : les 2 803,9 milliards F CFA inscrits comme dépenses d’investissement dans la Loi de finances initiale 2026. Des montants qui, selon le député, nécessitent des ressources longues, alors même que le Sénégal ne pourrait accéder en 2026 ni au crédit export au sein de l’Union européenne et des pays de l’OCDE, ni à des prêts directs et concessionnels. Mbaye Dione a également posé une question directe au Premier ministre : quelle stratégie le gouvernement entend-il adopter pour financer ces priorités sans restructuration et dans un contexte d’accès restreint aux financements extérieurs ?
Actusen.sn
