Dans un contexte de tension politique marqué par la publication d’un rapport explosif, l’Alliance Pour la République (APR) et ses alliés sont montés au créneau pour dénoncer ce qu’ils qualifient de manœuvre politicienne. Lors d’une conférence de presse tenue à Dakar, les anciens dignitaires du régime de Macky Sall ont livré une réplique teintée d’indignation et de défiance. Amadou Mame Diop, ancien président de l’Assemblée nationale, a donné le ton dès l’ouverture : «Ce rapport n’a aucun contenu sérieux.» Pour lui, la démarche des nouvelles autorités s’apparente à une tentative de manipulation de l’opinion publique. Dans cette logique, l’APR annonce avoir pris les devants : «L’Alliance Pour la République, parti responsable qui appartient à la vérité, a pris l’initiative de mettre en place un groupe technique de travail chargé d’examiner le rapport. » Au cœur de leur défense, une volonté d’afficher la transparence budgétaire du régime précédent. « Notre régime tient à rappeler qu’il a toujours agi dans le respect strict des normes de transparence budgétaire conformément à ses engagements envers ses partenaires techniques et financiers, mais surtout envers le peuple sénégalais. »
L’intervention de Pape Malick Ndour, ancien ministre, a ensuite servi à porter un regard critique sur les accusations portées à l’encontre de l’exécutif sortant. Il a promis des « clarifications précises » et la démonstration de la «sincérité des comptes publics ». Mais très vite, le ton est monté contre l’actuel pouvoir. L’APR accuse le Pastef de mener une campagne de démolition systématique. « Depuis son accession au pouvoir, le Pastef semble animé par une seule obsession : lire le bilan élogieux du régime précédent et discréditer le président Macky Sall, son régime et son parti. » L’ancien régime ne digère pas non plus les déclarations du Premier ministre sur les supposées manipulations comptables : « Pour rappel, le 26 septembre 2024, le Premier ministre s’est tenu d’accuser sans la moindre preuve le régime précédent de manipulation des comptes publics. » Et de poursuivre : « Quelques semaines plus tard, ils ont accusé un candidat de disposer d’un compte de plus de 1 000 milliards. D’ailleurs, depuis lors, on n’entend plus parler de ce fameux compte… »
Autre sujet de préoccupation soulevé : l’origine même du rapport qui, selon l’APR, n’émane pas de la Cour des comptes. « Ce rapport n’émane pas de la Cour des comptes mais plutôt du ministère des Finances à travers l’IGF. » Amadou Mame Diop dénonce une procédure « vicieuse » et une violation flagrante de la loi organique régissant la Cour : « Le prétendu rapport a été élaboré par la seule chambre des affaires budgétaires et financières et non dans le cadre de l’assemblée de toutes les chambres réunies conformément à l’article 19. » Les responsables de l’APR évoquent même un malaise interne : « Nous avons des informations crédibles qu’au sein de la Cour des comptes, un malaise s’installait sur les conditions du présent rapport qui viole les règles légales et tend vers la manipulation. » Pour conclure, l’APR appelle à la mise en place d’une commission d’enquête parlementaire. « Toutes les normes ont été violées. Ce qui porte atteinte à la Cour des comptes. Dans ce cadre, une commission d’enquête parlementaire serait à même d’éclairer la lanterne des Sénégalais. Et nous nous tenons disponibles pour accompagner une telle initiative.»
Aïssatou TALL (Actusen.sn)
