La bataille verbale à laquelle se livrent le ministère de la Communication et les patrons de presse par presse interposée sur l’affaire du Fonds d’appui et de développement de la presse (Fadp) se poursuit. En effet, après la sortie du ministre Alioune Sall entouré de son cabinet pour revenir sur la gestion 2025 dudit fonds, le Conseil des diffuseurs et éditeurs de presse du Sénégal (Cdeps) a fait face à la presse pour démonter les arguments de la tutelle. «Les membres du patronat dénoncent avec la plus grande fermeté les graves irrégularités, l’opacité persistante et les ruptures manifestes d’égalité qui entachent la gestion 2025 du Fonds. L’analyse des discours et du rapport officiel révèle une répartition et des procédures qui trahissent l’esprit et la vocation première du Fadp», déclare le Cdeps.
«Le Cdeps entend saisir dans la semaine l’Office national de lutte contre la fraude et la corruption (Ofnac). Notre syndicat patronal entend aussi saisir la justice pour contester cet abus manifeste dans la gestion de ces fonds publics pour détournement de deniers et violation flagrante des règles d’attribution du FADP»
Face à cette situation, Mamadou Ibra Kane et Cie entendent saisir dans la semaine l’Office national de lutte contre la fraude et la corruption (Ofnac) pour, disent-ils, détournement de fonds. «Notre syndicat patronal entend aussi saisir la justice pour contester cet abus manifeste dans la gestion de ces fonds publics pour détournement de deniers et violation flagrante des règles d’attribution du FADP. Ces démarches ne relèvent pas de la contestation politique, mais elles constituent l’exercice légitime des voies de droit ouvertes à toute organisation face à des actes contraires à la loi. Le CDEPS et l’Association de la Presse en Ligne (APPEL), tous deux membres du Conseil de gestion du FADP, ont choisi de ne pas cautionner la conférence de presse organisée par le ministère», ajoutent-ils.
«Sur le fond, la gestion du FADP pour l’exercice 2025 constitue une violation caractérisée des lois et règlements, mais aussi, et c’est plus grave, une transgression directe et délibérée du décret n°2021-178 du 27 janvier 2021 qui organise le Fonds»
Pour les patrons de presse, cette décision traduit le refus de valider un processus entaché d’irrégularités majeures, après que le courrier du 29 décembre 2025 adressé au ministre, demandant le report de la convocation, soit resté sans réponse officielle. «Au-delà des chiffres et des procédures, c’est la crédibilité même de l’action publique en matière de soutien à la presse qui est aujourd’hui interrogée. Le respect de la légalité ne saurait être à géométrie variable, encore moins subordonné à des considérations conjoncturelles. Le CDEPS en appelle à un sursaut institutionnel, fondé sur la transparence, l’équité et la primauté du droit. Car il en va, en définitive, de l’avenir d’une presse libre, pilier essentiel de toute démocratie.
«Le CDEPS précise que sa démarche ne vise aucunement à s’opposer au développement des médias publics. Ce qui est contesté, c’est la méthode. En effet, des procédures discriminatoires et inégalitaires ont détourné un fonds conçu pour la presse privée au profit de structures, dont le financement relève du budget général de l’État»
Dans cette affaire, précise le Cdeps, il existe des violations textuelles du décret n°2021-178. «Sur le fond, la gestion du FADP pour l’exercice 2025 constitue une violation caractérisée des lois et règlements, mais aussi, et c’est plus grave, une transgression directe et délibérée du décret n°2021-178 du 27 janvier 2021 qui organise le Fonds», regrette-t-il. Le CDEPS précise que sa démarche ne vise aucunement à s’opposer au développement des médias publics, qui sont des confrères et dont il souhaite l’essor au service de l’information des Sénégalais. «Ce qui est contesté, c’est la méthode. En effet, des procédures discriminatoires et inégalitaires ont détourné un fonds conçu pour la presse privée au profit de structures, dont le financement relève du budget général de l’État», renchérit le Cdeps.
«Le ministre a simultanément trouvé les moyens de financer le projet de l’ADP (Agence de diffusion et de publicité) pour 190 millions. Cette contradiction révèle que le rejet des projets privés n’était pas dicté par des impératifs budgétaires, mais par une discrimination délibérée à l’encontre de la presse indépendante»
A en croire le Cdeps, le ministre a justifié le rejet de l’ensemble des projets présentés par les entreprises privées (dont le montant total dépassait 2 milliards de francs CFA), par des contraintes budgétaires. «Pourtant, il a simultanément trouvé les moyens de financer le projet de l’ADP pour 190 millions. Cette contradiction révèle que le rejet des projets privés n’était pas dicté par des impératifs budgétaires, mais par une discrimination délibérée à l’encontre de la presse indépendante», lit-on. Le Cdeps déclare que «la période de dépôt physique des dossiers, ouverte du 24 au 27 décembre 2025, soit une fenêtre de cinq jours incluant un jour férié et un week-end, était manifestement insuffisante pour permettre la constitution et le dépôt de dossiers répondant à ces exigences».
Actusen.sn
