La Fédération des Syndicats de la Santé (F2S) hausse le ton. Réunie en assemblée générale à l’Hôpital général Idrissa Pouye ladite fédération dénonce l’évolution des négociations avec le gouvernement et estime que les engagements pris lors des discussions techniques tardent à se concrétiser.
Après avoir suspendu ses mouvements de grève pendant près de deux mois pour favoriser le dialogue, la F2S dit constater aujourd’hui une situation qui pourrait compromettre les efforts d’apaisement du climat social. Selon les syndicats, quatre séances du comité technique ont permis d’avancer sur plusieurs revendications et de dégager des pistes susceptibles de servir de base à un protocole d’accord. Mais après plusieurs semaines de discussions, plusieurs demandes importantes restent, selon eux, sans réponse concrète. La F2S dénonce en premier lieu l’absence de l’indemnité de logement dans la Loi de finances rectificative. Elle rappelle que le gouvernement s’était engagé à trouver une solution à cette revendication et que les travaux techniques avaient déjà été engagés.
Pour la fédération, cette absence de traduction budgétaire remet en cause un engagement qui figurait également dans le pacte de stabilité sociale signé en 2025. Elle exige donc une réponse écrite, budgétée et assortie d’un calendrier précis pour la mise en œuvre de cette mesure. L’autre point de désaccord reste l’âge de départ à la retraite. La F2S réclame son relèvement à 65 ans pour les autres corps du secteur de la santé et de l’action sociale. Les syndicats s’interrogent notamment sur le maintien d’une disposition déjà accordée à certains corps, dont les médecins, pharmaciens, chirurgiens et docteurs vétérinaires.
La fédération demande ainsi une révision du décret concerné afin d’étendre cette mesure aux autres catégories de travailleurs de la santé. Elle réclame également une revalorisation des pensions de retraite. Pour la F2S, la seule indexation de l’indemnité de risque ne permet pas de garantir une pension suffisamment digne aux agents du secteur. Sur la question des effectifs, la fédération accuse également le gouvernement de ne pas respecter les engagements pris dans le pacte de stabilité sociale. Elle rappelle qu’un plan de régularisation prévoyait le recrutement d’au moins 3 500 agents par an pendant cinq ans afin de résorber le déficit estimé à plus de 18 000 agents.
Pour 2026, la F2S déplore que le nombre annoncé ait été ramené à 2 500 recrutements. Elle critique également la part réservée au recrutement interministériel et réclame que la priorité soit accordée aux personnels soignants. La fédération demande par ailleurs que les critères de sélection et les profils recherchés soient rendus publics et que les organisations syndicales soient associées au processus. La situation de la région de Kédougou est citée comme un exemple des difficultés liées aux ressources humaines. Selon les chiffres avancés par la F2S, sur 436 agents recensés dans la région, seuls 100 seraient fonctionnaires. Une large partie des effectifs serait ainsi constituée de contractuels et de personnels communautaires. Toutefois, la F2S réclame également la création d’indemnités pour les nouveaux corps régis notamment par le décret 2018-1430. Elle cite parmi eux les administrateurs de soins, les administrateurs des services de santé et les ingénieurs en biologie. La fédération considère cette mesure comme nécessaire et estime que son coût devrait rester maîtrisable compte tenu du nombre de personnels concernés. Poursuivant, elle demande aussi la finalisation du règlement des revendications relatives au reclassement et à la carrière de plusieurs catégories de travailleurs, notamment les assistants infirmiers, aides sociaux, préparateurs en pharmacie, techniciens de laboratoire, techniciens en prothèse dentaire, techniciens en génie sanitaire, infirmiers diplômés d’État, sages-femmes d’État et techniciens supérieurs de santé.
Deux semaines pour obtenir des réponses
Face à ces blocages, la F2S fixe désormais un délai de deux semaines au gouvernement pour apporter des réponses précises à ses principales revendications. La fédération interpelle directement le Président de la République et le Premier ministre sur plusieurs points considérés comme prioritaires : l’indemnité de logement, la retraite à 65 ans et le respect des engagements concernant les recrutements dans la fonction publique. Elle précise que le règlement de ces trois questions constitue, à ses yeux, un préalable à toute signature d’accord. La F2S réclame également le renforcement du financement des établissements publics de santé, l’amélioration des conditions de travail, la régularisation des contractuels et des agents communautaires, l’application du statut du personnel prévu par le décret 2016-404 ainsi que la signature du décret relatif à l’ENDSS.
«Notre patience n’est pas un renoncement»
Tout en réaffirmant son attachement au dialogue social, la fédération estime que celui-ci ne peut avoir de sens sans résultats concrets. Elle prévient que, faute de réponses satisfaisantes dans les deux semaines, le mois de septembre pourrait être marqué par une forte mobilisation dans le secteur de la santé. La F2S appelle ainsi les travailleurs de la santé et de l’action sociale à rester mobilisés et vigilants. « Notre patience n’est pas un renoncement. Notre disponibilité au dialogue n’est pas une faiblesse. Nos revendications restent intactes. Les engagements doivent être respectés », lit-on. La fédération conclut en demandant à ses membres de rester en alerte maximale tout en tenant le gouvernement pour responsable des éventuelles conséquences d’un échec des négociations.
Actusen.sn
