Le Sénégal et le Fonds monétaire international (FMI) ont conclu un accord au niveau des services sur les principales politiques économiques devant sous-tendre un nouveau programme de 36 mois, d’un montant d’environ 2,2 milliards de dollars, soit près de 1 240 milliards de francs CFA. Face à la presse, ce mardi, le ministre de l’Économie, des Finances et du Plan, Cheikh Diba, a dans présenté les grandes lignes du Plan de traitement de la dette du Sénégal (PTDS), tout en refusant de parler de « restructuration » au sens classique. Le gouvernement entend notamment réduire progressivement le poids du service de la dette sur les finances publiques, dégager des marges pour les investissements et régler, avant la fin de l’année, une partie importante des créances dues aux entreprises locales.
Le gouvernement sénégalais veut tourner une page dans la gestion de sa dette publique. Après plusieurs mois d’échanges avec le Fonds monétaire international, Dakar et les services de l’institution de Bretton Woods sont parvenus à un accord technique sur les principales politiques économiques susceptibles de soutenir un nouveau programme financier. L’annonce a été faite ce mardi par le ministre de l’Économie, des Finances et du Plan, Cheikh Diba, au cours d’une conférence de presse à l’issue des négociations avec le FMI. « Je suis très heureux de vous annoncer que le Sénégal et le FMI ont conclu un accord technique en vue de conclure un programme à hauteur de 2,2 milliards de dollars, soit 1 250 milliards FCFA », s’est réjoui le ministre des Finances.
D’abord, Cheikh Diba annonce bonne nouvelle : « Je suis très heureux de vous annoncer que le Sénégal et le FMI ont conclu un accord technique en vue de conclure un programme à hauteur de 2,2 milliards de dollars, soit 1 250 milliards FCFA »
Toutefois, même si cet accord technique constitue une étape importante, il reste suspendu à l’examen par le Conseil d’administration du Fonds. Cheikh Diba a insisté sur le travail préalable accompli par les autorités sénégalaises et les équipes du FMI, notamment autour de la sincérité des données budgétaires et de la stabilisation du cadrage macroéconomique.
Selon Cheikh Diba, les discussions avec le FMI s’inscrivent dans la continuité du processus engagé depuis plusieurs mois. « C’est exactement la même démarche qui a été engagée depuis le 12 février 2025 jusqu’à ce jour », a-t-il rappelé. Le ministre a expliqué que le travail s’est déroulé en deux grandes phases. La première a consisté à stabiliser les données macroéconomiques et budgétaires, à travers de nombreux échanges avec les équipes du Fonds. Il s’agissait, selon lui, de parvenir à une compréhension commune des données relatives aux finances publiques et à la situation économique du Sénégal. « Les allers-retours » entre les techniciens sénégalais et ceux du FMI ont permis, à l’en croire, de réduire progressivement les écarts entre les différentes projections et de parvenir à un accord sur la comptabilité et la sincérité des chiffres. Ainsi, M. Diba a souligné que le Conseil d’administration du FMI ne pouvait se réunir tant que les mesures correctrices découlant de la situation constatée n’étaient pas effectivement bouclées.
Le second volet des discussions a porté sur le nouveau programme de soutien et sur les conditions nécessaires à sa viabilité. Sur ce point, le ministre a rappelé l’ampleur du défi auquel le Sénégal est confronté avec un niveau d’endettement public qui atteint 119 % du produit intérieur brut. « Un pays dont le taux d’endettement atteint 119 %, alors que la norme communautaire est de 70 %, doit naturellement consolider un cadre de discussion solide », a-t-il expliqué. Pour le ministre, cette situation imposait de construire avec le FMI un cadre suffisamment robuste afin de garantir la soutenabilité de la dette et de permettre au pays de retrouver progressivement des marges de manœuvre budgétaires.
Ce n’est pas tout. Cheikh Diba a également salué le travail effectué par les techniciens sénégalais dans les négociations avec le Fonds. Il a insisté sur leur expertise et leur capacité à défendre les intérêts du pays dans les discussions. Les techniciens sénégalais, a-t-il affirmé, « ne sont pas des néophytes ». Au fil des échanges sur les réformes structurelles et le cadrage macroéconomique, les divergences avec les prévisions du FMI auraient été progressivement réduites. Une fois le consensus trouvé sur les principaux éléments, les clauses relatives au besoin de financement et aux garanties de soutenabilité ont été validées. « Tout cela a été justifié aujourd’hui », dira le ministre.
Quant à la dette, le gouvernement tient sa stratégie autour d’un « Plan de traitement de la dette du Sénégal (PTDS) »
Toutefois, si la question de la dette constitue l’un des principaux enjeux du nouveau programme, il faut dire que cette situation pèse directement sur les finances publiques et limite les marges de l’État pour financer ses politiques publiques. Cheikh Diba a ainsi indiqué que 25 % des recettes de l’État servent cette année au paiement des intérêts de la dette. Une ponction considérable qui, selon lui, prive le budget de ressources qui pourraient être consacrées à d’autres priorités. « Ce sont autant de ressources qui ne peuvent pas être immédiatement affectées à nos hôpitaux, à nos écoles, à notre agriculture, au soutien de nos entreprises, aux infrastructures ou à la protection sociale », a-t-il relevé.
Pour le gouvernement, le problème ne réside donc pas uniquement dans le niveau global de l’endettement. Il concerne également le poids du service de la dette sur les finances publiques et ses conséquences sur la capacité de l’État à financer les secteurs prioritaires. Le ministre estime par ailleurs qu’un niveau élevé de dette réduit la capacité du Sénégal à faire face aux éventuels chocs extérieurs. Le poids du remboursement et des intérêts limite les possibilités d’intervention de l’État lorsque surviennent des difficultés économiques ou financières. C’est dans ce contexte que le gouvernement entend mettre en œuvre le Plan de traitement de la dette du Sénégal (PTDS).
Le PTDS n’est « pas une restructuration au sens classique du terme, ni un réaménagement conventionnel », assure le Ministre des Finances
Et afin que nul n’en ignore, Cheikh Diba a tenu à clarifier la nature exacte de ce plan, alors que la question de savoir s’il s’agit d’une restructuration de la dette fait débat. La réponse du ministre est catégorique : le PTDS ne correspond pas, selon lui, à une restructuration classique. « C’est une question subtile, mais la réponse est claire », a d’emblée prévenu Cheikh Diba. « Ce n’est pas une restructuration au sens classique du terme, ni un réaménagement conventionnel », a-t-il insisté. Pour le ministre, le Sénégal a fait le choix d’un mécanisme particulier, conçu en fonction de la structure de sa dette et de ses propres réalités économiques et financières. « C’est une initiative propre au Sénégal », a-t-il expliqué, ajoutant que le mécanisme retenu ne pourrait pas nécessairement être transposé à d’autres pays. « C’est un mécanisme qui ne pourrait peut-être pas être appliqué à la Gambie, ni à l’Argentine, parce qu’il répond exclusivement aux spécificités du Sénégal », a-t-il illustré.
« C’est un traitement spécifique, qui tient compte de nos spécificités, de la composition de notre dette, et de la volonté de nos partenaires à nous accompagner »
C’est clair. Le ministre veut donc éviter toute assimilation du PTDS à une opération classique de restructuration de dette, généralement associée à une renégociation plus profonde des conditions de remboursement avec les créanciers. Pour expliquer son choix, Cheikh Diba a utilisé une métaphore médicale. « La dette, voilà la maladie. Il faut la traiter », a-t-il posé.
« Nous nous sommes dit que, pour notre malade, nous ne voulons pas qu’il soit opéré pour laisser une cicatrisation. Nous pensons qu’il y a une possibilité de le traiter par homéopathie et d’arriver au même résultat, même s’il peut rester quelques séquelles »
Dans son raisonnement, une restructuration classique s’apparente à une opération chirurgicale lourde. Or, le gouvernement sénégalais aurait privilégié une méthode qu’il considère comme moins brutale et mieux adaptée à la situation du pays. « Dans ce cadre, nous nous sommes dit que, pour notre malade, nous ne voulons pas qu’il soit opéré pour laisser une cicatrisation. Nous pensons qu’il y a une possibilité de le traiter par homéopathie et d’arriver au même résultat, même s’il peut rester quelques séquelles », a expliqué le ministre. L’image est assumée. Cheikh Diba oppose ainsi la chirurgie, qui symbolise une restructuration classique, à un traitement progressif qu’il qualifie d’« homéopathique ». Il résume cette démarche en une formule : « Ce n’est pas une restructuration au sens entendu ou au sens attendu. C’est un traitement spécifique, qui tient compte de nos spécificités, de la composition de notre dette, et de la volonté de nos partenaires à nous accompagner. »
Il « sera déroulé dans la transparence, avec des communications régulières pour donner les différentes étapes de sa mise en œuvre »
Toutefois, il faudra noter que le Plan de traitement de la dette du Sénégal concernera la dette libellée en devises étrangères. Selon le Ministre Diba, le dispositif doit permettre de « restaurer durablement le profil de la dette publique, de ramener le poids du service de la dette sur le budget de l’État aux normes admises en la matière et de dégager progressivement les marges de manœuvre nécessaires au financement des investissements publics dans les secteurs prioritaires, notamment les secteurs sociaux ». L’objectif affiché est donc double : agir sur le profil de la dette et libérer progressivement des ressources budgétaires.
Pour Cheikh Diba, le PTDS doit améliorer le profil de la dette à moyen et long terme, réduire les vulnérabilités liées à l’endettement et restaurer la capacité de l’État à financer le développement. Le gouvernement entend surtout réduire l’impact du service de la dette sur le budget afin de pouvoir consacrer davantage de ressources aux investissements et aux services essentiels, notamment l’éducation et la santé. Le plan doit être mis en œuvre de manière progressive et, selon le ministre, dans un cadre « ordonné, responsable et transparent ». D’ailleurs, Cheikh Diba a également voulu rassurer sur la conduite du processus. « Ce traitement sera déroulé dans la transparence, avec des communications régulières pour donner les différentes étapes de sa mise en œuvre », a-t-il assuré.
Autre bonne nouvelle : 300 milliards pour régler la créance due aux entreprises locales
Au-delà des mécanismes de gestion de la dette, le gouvernement veut utiliser les marges financières dégagées pour s’attaquer à une autre urgence : les créances dues aux entreprises locales. C’est l’autre bonne nouvelle. Car Cheikh Diba a annoncé qu’une enveloppe de 300 milliards de francs CFA sera consacrée, avant la fin de l’année 2026, au règlement des créances dues aux entreprises locales.
Selon le ministre, les financements attendus dans le cadre du nouvel accord avec le FMI permettront au Trésor de disposer de ressources nécessaires pour commencer à payer les entreprises qui attendent depuis longtemps le règlement de leurs factures. Cette perspective est particulièrement importante pour les entreprises ayant exécuté des marchés publics et qui restent dans l’attente du paiement de l’État. Pour le gouvernement, le règlement progressif de ces obligations doit permettre de réinjecter des ressources dans l’économie nationale, de renforcer la trésorerie du secteur privé et de contribuer à une amélioration de la situation financière des entreprises concernées. Le PTDS doit ainsi contribuer au « règlement progressif des obligations de l’État envers ses fournisseurs », selon Cheikh Diba.
L’objectif est de créer un effet d’entraînement : en payant ses fournisseurs, l’État permet aux entreprises de retrouver de la trésorerie, de respecter leurs propres engagements et de maintenir leurs activités. Le ministre inscrit cette démarche dans la volonté plus globale de restaurer la capacité de l’État à financer le développement sans que le poids du service de la dette absorbe une part excessive des ressources budgétaires.
Les bourses sociales vont doubler
Autre annonce faite lors de la conférence de presse : le gouvernement prévoit de payer les bourses sociales avant la fin du mois de septembre. Cheikh Diba a également annoncé le doublement de l’enveloppe consacrée aux bourses sociales, qui doit passer de 70 à 140 milliards de francs CFA. Cette augmentation s’inscrit dans la volonté affichée par l’exécutif de préserver les dépenses à caractère social malgré les contraintes pesant sur les finances publiques. Le gouvernement veut ainsi maintenir les dépenses prioritaires tout en procédant à une réorganisation des ressources budgétaires. Pour les autorités, la réduction du poids de la dette doit précisément permettre de dégager progressivement des marges pour financer les politiques sociales et les investissements publics. La hausse annoncée de l’enveloppe des bourses sociales intervient dans cette logique de réorientation des ressources vers les ménages et les secteurs jugés prioritaires.
Les subventions énergétiques aussi
La réforme des subventions à l’énergie constitue également l’un des chantiers évoqués par le ministre. Le gouvernement estime que le système actuel bénéficie de manière disproportionnée aux ménages les plus aisés et souhaite mettre en place un mécanisme de ciblage. Cheikh Diba a insisté à deux reprises sur un chiffre présenté comme central dans l’argumentaire du gouvernement : « 65% des subventions est alloué aux 20% des plus aisés ». Ainsi, le gouvernement veut réduire progressivement les subventions qui profiteraient davantage aux catégories les plus favorisées et de mieux orienter les ressources vers les populations qui en ont le plus besoin. Pour Dakar, il ne s’agit donc pas simplement de réduire les dépenses publiques, mais de modifier la répartition de l’effort budgétaire afin de renforcer la dimension sociale de la politique de soutien aux prix de l’énergie.
- DIA
