À Dakar, la question de la dette publique s’est imposée au centre des débats. Devant un parterre composé de députés, d’universitaires, d’experts internationaux, de représentants de la société civile et de partenaires institutionnels, le président de l’Assemblée nationale, Malick Ndiaye, a livré un plaidoyer en faveur d’une gestion plus transparente des finances publiques sénégalaises. Dans son allocution, il a tenu à replacer le débat bien au-delà des simples considérations comptables. Pour lui, «parler de dette publique revient avant tout à évoquer la souveraineté», mais également la responsabilité devant les citoyens et la capacité de l’État à financer les secteurs essentiels comme la santé, l’éducation, l’emploi ou encore les infrastructures. Le président de l’Assemblée nationale a rappelé que l’endettement peut constituer un outil utile lorsqu’il accompagne le développement et respecte les principes de transparence et de contrôle démocratique. En revanche, a-t-il averti, la dette devient problématique lorsqu’elle échappe au contrôle démocratique ou compromet les capacités futures de l’État.
«Le Sénégal a choisi de regarder la réalité en face»
Au cours de son intervention, Malick Ndiaye est également revenu sur la situation des finances publiques nationales, marquée ces derniers mois par plusieurs révélations concernant la gestion de l’endettement. Selon lui, ces constats ont permis de mettre en lumière des dysfonctionnements graves liés notamment au suivi et au contrôle de la dette publique. Face à cette situation, les nouvelles autorités auraient décidé d’assumer une ligne de transparence totale. «Le Sénégal a choisi de regarder la réalité en face», a-t-il déclaré, estimant que la sincérité dans la gestion des comptes publics constitue désormais une étape incontournable pour restaurer la confiance. Dans la même dynamique, il a affirmé que «la transparence n’est pas une faiblesse, elle est le point de départ du redressement. Cette démarche vise à reconstruire la crédibilité financière du pays sur des bases solides et responsables». Cette orientation s’inscrit, selon lui, dans le cadre du Plan de redressement économique et social (Pres 2025-2028), mais aussi dans la stratégie nationale de développement portée par l’Agenda Sénégal Vision 2050.
«Dakar exclut toute restructuration de la dette»
Très attendu sur la question d’une éventuelle restructuration de la dette sénégalaise, Malick Ndiaye a clairement affiché la position des autorités. «La restructuration de la dette n’est pas l’option retenue par le Sénégal», a-t-il martelé devant les participants. Une décision qu’il présente comme un choix souverain fondé sur la volonté de préserver la crédibilité financière du pays et d’honorer ses engagements internationaux. Le Sénégal entend ainsi privilégier une stratégie reposant sur la rigueur budgétaire, une gestion active de la dette et une mobilisation renforcée des ressources internes. Toutefois, le président de l’Assemblée nationale a tenu à mettre en garde contre les effets d’une austérité excessive. Selon lui, une politique de redressement ne peut être durable si elle affaiblit les investissements sociaux ou freine les moteurs de croissance. «Restaurer les équilibres, oui mais sans casser les moteurs du développement», a-t-il insisté, appelant à concilier stabilité financière et protection des secteurs prioritaires.
«Une politique de redressement ne peut être durable si elle affaiblit les investissements sociaux ou freine les moteurs de croissance»
Une large partie du discours a également été consacrée au rôle du Parlement dans le suivi des finances publiques. Pour Malick Ndiaye, la dette publique ne doit plus être considérée comme une question réservée aux techniciens ou aux institutions financières. «Chaque emprunt engage la Nation», a-t-il rappelé, soulignant que les choix budgétaires d’aujourd’hui auront des conséquences directes sur les générations futures. Le président de l’Assemblée nationale a ainsi plaidé pour un contrôle parlementaire plus approfondi, capable d’évaluer les risques budgétaires, d’analyser les hypothèses économiques et de suivre l’exécution des politiques publiques. Selon lui, la XVe législature a déjà engagé plusieurs réformes visant à renforcer les mécanismes de contrôle, d’évaluation et de suivi de l’action gouvernementale.
Pour un système financier international plus équitable
Au-delà du cas du Sénégal, Malick Ndiaye a également interpellé la communauté internationale sur les limites du système financier mondial actuel. Il estime que les pays africains doivent bénéficier d’un traitement plus juste dans l’évaluation de leur dette et dans l’accès aux mécanismes de financement. «Nous avons besoin d’un multilatéralisme financier plus juste», a-t-il déclaré, plaidant pour des mécanismes prenant davantage en compte les réalités économiques des pays du Sud. Il a aussi insisté sur la nécessité de protéger les investissements essentiels liés à l’éducation, à la santé ou encore à la transformation économique des États africains. En conclusion, le président de l’Assemblée nationale a réaffirmé sa conviction que la dette ne doit pas devenir un frein au développement. À ses yeux, elle doit plutôt servir de levier pour accompagner les ambitions économiques et sociales du Sénégal, à condition qu’elle soit gérée avec transparence, responsabilité et réforme.
Aïssatou TALL (Actusen.sn)
