« Les évènements de Louga : Les praxen qui cachent mal la profondeur d’une société sénégalaise qui s’éloigne de plus en plus du message coranique »  (par Dr. Moustapha Fall)

Le spectre de la violence physique et symbolique qui plane sur le paysage sénégalais avec son lot de meurtres, de suicides et de destruction de biens publiques, nous amène de nouveau à réfléchir sur les praxen de l’islam sénégalais. Tout compte fait, cet islam sénégalais semblerait faire prévaloir le primat des règles sur les finalités du message coranique.

À bien l’analyser donc, l’heure à l’introspection citoyenne s’impose. Sous cette optique, il urge aux différents chefs confrériques de tenir les États Généraux Confrériques (EGC) où tous les chefs de confrérie dialoguent pour éviter que le pays ne sombre davantage dans l’intolérance.

S’il y a une modeste contribution à apporter, nous dirons tout simplement que l’éducation coranique des enfants ne devrait être comprise ou accomplie, en aucune manière, dans la contrainte du corps, dans la privation, dans l’humiliation ou même dans la mémorisation mécanique des versets coraniques que ces enfants lisent et dont ils ne comprennent pas souvent le sens et les finalités.

Le danger d’une mécanisation de l’apprentissage du coran est de fabriquer des musulmans de naissance qui répondent par Moustapha, Ahmed, Fatima, Binetou et qui prient cinq fois par jour et mémorisent le Coran sans comprendre les moindres finalités du pourquoi on prie, du pourquoi on apprend le Coran et du pourquoi on le lit.  Apprendre et lire le Coran, c’est savoir d’abord se lire soi-même pour solder ses contradictions internes pour pouvoir lire les humains et les signes extérieurs du monde : « Il y a, dans la création des Cieux et de la Terre et dans la succession de la nuit et du jour, des signes pour ceux qui sont doués d’intelligence. » Coran 3 :190

Peut-être devrions-nous relire le Coran et la Sunna du prophète Mohammed (PSL) à la lumière de notre temps et du contexte pour en ressortir notre vrai projet social pour contrecarrer les proposions sociales et sociétales de l’occident. Sans projet social solide et fiable qui règle le chômage des jeunes, la violence faite aux femmes, l’abus du pourvoir temporel et spirituel, l’occident, avec ses projets de sociétés lucratifs d’éducation et formation, aura beaucoup de recrues sur ce terreau fertile d’une jeunesse sénégalaise désœuvrée, de femmes et de hommes sous le joug de la pauvreté, et que sais-je encore!

 L’heure n’est plus de jeter le discrédit sur le monde occidental qui, avouons-le, a ses tares et ses crises aigues de valeurs, mais de bien reformer nos pensées pour lire le Coran avec les lunettes de notre époque pour en sortir des programmes et projets de sociétés solides et fiables pour ôter certains sénégalais des griffes de la faim et de la pauvreté. Autrement dit, nous devons dépasser le stade d’un islam des mosquées et de l’émotion pour nous élever vers un islam de libération qui lutte pour que le pauvre retrouve sa dignité, soit nourri, vêtu et logé.

Comprenez-nous bien, il n’y a rien à reformer dans le Coran car il est complet. Néanmoins, toute la reforme s’opère dans la pensée des musulmans qui lisent le Coran. Ainsi, une lecture qui épouse les réalités du temps et les vicissitudes de la vie quotidienne est-il nécessaire.  Tout ceci pour dire que si certains éducateurs coraniques du Sénégal avaient ‘su’ que la dignité et la liberté de l’humain sont d’une importance capitale dans le Coran, le problème de l’exploitation et l’humiliation des enfants ne se serait jamais posé ainsi.

 « Certes, Nous avons honoré les fils d’Adam.  Nous les transportons sur terre et sur mer et Nous leur donnons de bonnes choses comme nourriture.  Nous les avons nettement préférés à plusieurs de Nos créatures. » (Coran 17:70)

Encore faut-il inscrire l’essentiel de notre propos dans les propos d’Edgar Morin pour dire les vrais analphabètes du 21 siècle ne sont plus ceux qui ne peuvent lire, ni écrire, mais ceux qui ne peuvent apprendre, désapprendre et réapprendre.

Words to the Wise!

Dr. Moustapha Fall

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