ContributionRéaménagement ministériel : le parti avant la patrie ?

Réaménagement ministériel : le parti avant la patrie ?

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Depuis plusieurs mois, on nous promettait un remaniement. Or, le Premier ministre parle plutôt d’un réaménagement. Une nuance révélatrice : loin d’incarner un virage stratégique pour répondre aux urgences du pays, cette nouvelle liste ressemble davantage à une concession aux pressions internes, en particulier celles des partisans du régime.

La justice en première ligne : priorité mal calibrée

Le premier ministère cité, celui de la Justice, donne le ton. Le Premier ministre l’a placé en tête après avoir fustigé la justice et les magistrats, dans un contexte marqué par ses propres démêlés judiciaires.

Le départ de Ousmane Diagne n’est pas le fruit d’un diagnostic national mais d’une revendication partisane. Très critiquée par les pastefiens, son remplacement répond avant tout aux desiderata militants.

En réalité, l’urgence judiciaire réside dans la loi d’amnistie, qui pourrait être réglée par une abrogation pure et simple à l’Assemblée. À cela s’ajoute une inquiétante dégradation de la liberté d’expression.

Objectivement, faire de la justice la priorité n°1 d’un pays qui affiche un endettement public de 119 % du PIB, où le pouvoir d’achat s’effondre et où des localités sont sous les eaux, révèle un décalage troublant entre la hiérarchie des urgences nationales et l’agenda politique du pouvoir.

Dans ce contexte, l’économie et la gestion sociale devraient être les premiers chantiers.

La nomination de Yacine Fall, figure controversée, souvent critiquée pour ses positions et ses communications, accentue cette impression. Certes, sur le plan diplomatique, cela marque une rupture bienvenue après l’incohérence communicationnelle qui a entouré la gestion des otages sénégalais au Mali, entre autres dossiers. Mais sur le fond, la question demeure : cette nomination sert-elle le peuple ou bien un cercle de fidèles en quête de revanche ?

L’Intérieur confié à un avocat personnel : symbole ou provocation ?

Le ministère de l’Intérieur est l’autre grand baromètre de ce remaniement. La nomination de Maître Bamba Cissé, ancien avocat d’Ousmane Sonko, pose un problème évident d’impartialité et de profil.

Le raccourci est vite fait : de la défense d’un homme à la gestion d’un ministère stratégique dans le gouvernement qu’il dirige. Un raccourci facile, mais légitime.

Mais au-delà du symbole, une vraie question se pose : quelle expérience M. Cissé possède-t-il pour piloter un hypothétique plan ORSEC à déployer d’urgence afin de gérer les catastrophes naturelles ou assurer la sécurité du territoire dans un contexte régional toujours instable ?

Le doute est permis, et il est profond.

Partage de gâteau et équilibres politiques

La présence de Déthié Fall illustre parfaitement la logique de partage du gâteau. Le remaniement ressemble ici à un ajustement de coalition plus qu’à un acte de gouvernance.

À l’inverse, la nomination de Cheikh Niang aux Affaires étrangères apparaît comme l’un des rares signaux positifs, apportant un souffle de soulagement diplomatique après des mois d’incertitudes et de fiascos.

Mais sur des secteurs névralgiques comme l’agriculture, le commerce, l’industrie, la communication ou l’assainissement, où les défis sont pourtant immenses, aucun changement majeur. Le statu quo domine. Pourquoi ?

Des choix déroutants et des priorités inversées

Difficile également de comprendre la nomination d’Amadou Ba à la Culture, un poste où son profil semble en total décalage avec les missions attendues. Le nouveau ministre s’est fait remarquer davantage par ses polémiques que par une vision culturelle.

Et que dire de la désignation d’une ministre porte-parole déjà connue pour son verbe acerbe et partisan sur les réseaux sociaux ? Là encore, la logique partisane l’emporte sur l’intérêt national.

Le jeu de chaises musicales dont est victime le Dr Abdourahmane Diouf, déplacé de l’Enseignement supérieur vers l’Environnement, illustre parfaitement des choix avant tout politiques. Le ministère de l’Enseignement supérieur, stratégique car il permet de placer un grand nombre de cadres, a été retiré à Diouf au moment où certains militants de Pastef réclamaient son départ. Sur les réseaux, des voix pastéfiennes ont en effet insisté : Abdourahmane Diouf nourrirait des ambitions politiques personnelles, et son maintien dans un portefeuille clé pouvait représenter une menace.

Quand le pouvoir n’écoute que ses partisans

Au fond, ce réaménagement ministériel suppose une chose : le Premier ministre n’écoute pas les Sénégalais, il écoute surtout ses partisans.

Ce gouvernement apparaît moins comme un outil au service de la nation que comme une récompense distribuée aux fidèles et un instrument de consolidation interne.

Or, le Sénégal traverse une période critique. Entre endettement massif, baisse du pouvoir d’achat et innondations , le pays a besoin de réponses fortes, pas de symboles partisans.

Entre populisme et stratégie politique, le piège du pouvoir

Ce remaniement illustre les limites du populisme. Les promesses faciles faites dans l’opposition deviennent des fardeaux une fois au pouvoir. À vouloir satisfaire les militants avant le peuple, le régime prend le risque de s’enfermer dans ses propres contradictions.

Gouverner, c’est hiérarchiser les priorités et placer l’intérêt général au-dessus des fidélités partisanes. Ce réaménagement donne le sentiment inverse : un pouvoir préoccupé par son socle politique et les bisbilles judiciaires de son leaderplutôt que par le redressement économique et social d’un pays en crise.

Les réactions des partisans sur les réseaux sociaux constituent certes un baromètre, mais elles ne sauraient remplacer les sondages d’opinion, qui demeurent l’outil le plus fiable pour mesurer le véritable pouls du pays afin de hiérarchiser les urgences.

Amadou Baba NDIAYE

Consultant en Marketing Digital | Entrepreneur | Citoyen Engagé

LinkedIn : https://www.linkedin.com/in/abndiaye/

 

 

 

 

 

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